Histoire de fantômes japonais

Isao Takahata

« Les fantômes de l’Histoire nous observent »
Guy Debord, La Société du Spectacle, Folio.

Isao Takahata nous a quitté la semaine dernière à l’âge de 82 ans. Ses films restent avec nous. A commencer par Le Tombeau des Lucioles. Voici un texte rédigé il y a exactement 10 ans pour mon premier blog La Mensuelle.

A l’opposé du genre Yurei Eiga qui fit fureur dans les années 60/70 et qui connut un fulgurant revival en 1998 avec le Ring d’Hideo Nakata, les fantômes de Takahata ne sont pas d’humeur vengeresse. Ils nous contemplent en silence, faisant remonter en surface un moment douloureux de l’histoire japonaise récente.

Avec Le Tombeau des Lucioles, Takahata déploie une fable historique, épousant la parole d’un fantôme, le grand frère Seita terminant son existence au début de l’oeuvre, et ce dans l’indifférence générale. L’esprit de Seita nous prend ainsi à témoin, remonte le temps et nous raconte la déchéance de sa petite soeur Setsuko, tombée grièvement malade après les bombardements sur Kobe. Ce fantôme Dickensien pour qui passé, présent et avenir se confondent, nous invite à contempler un morceau d’histoire, intime et déchirant.

Seita, au milieu d’autres infortunés, meurt dans une gare au milieu de passants indifférents. Si une main dépose une portion de riz, il est trop tard. Son fantôme rejoint celui de sa soeur. Le corps du récit démarre au moment où la vie même s’achève, dans un no time’s land dans lequel fin et début se confondent. L’Histoire peut (re)commencer.

Le film se tourne vers un second temps, qui en constitue le corps principal : flashback sur les bombardements, le chaos, la mort de la mère et du père hors champs, la perte de tout repère, survivre, tenter de maintenir le feu, la souffrance, la mort. Nous sommes dans le passé narratif. Encore une fois, Takahata donne au spectateur l’impression que tout ceci se passe sous nos yeux et pourtant, le point de vue est toujours le même. La voix off du Seita fantôme et omniscient est là pour nous le rappeler : nous sommes autrefois. Le présent est passé. Leur sort est déjà scellé.

Quand Setsuko agonise, Takahata bouscule à nouveau le temps narratif. On retrouve à nouveau le point de vue des fantômes, mais  ceux ci ont quitté la gare initiale où Seita avait perdu la vie. Sa petite soeur le rejoint, dans une séquence finale qui fera date dans l’histoire de l’animation et du cinéma mondial.

Lucioles6

Avec le plan final du TombeauTakahata s’asseoit à la table des plus grands cinéastes. Après la mort de Setsuko, une première ellipse réduit à néant la distance entre ce temps narratif (le passé raconté au présent) et le temps actuel qui ouvrait le film. Le visage de Seita prend sous nos yeux sa couleur fantomatique. Puis deux autres plans viennent donner à cette ellipse une ampleur démultipliée qui résonnera pour longtemps dans le coeur des spectateurs.

De même que l’os de Kubrick nous fait changer de lieu et d’époque en une poignée de secondes, le réalisateur nous fait quitter la gare, mais aussi ce temps « présent » qui ouvrait le film. Réunis dans la mort, Seita et sa petite soeur sont assis sur un banc. Elle repose sa tête sur son genou. Il lui sourit, puis son visage devient grave, fermé. Il soulève la tête, son regard brise l’écran distance. Le cinéma est brisé, le spectateur pris à parti. Puis son regard quitte l’axe interdit pour diriger son attention vers un autre objet.

Dans le silence le plus absolu, Seita et Setsuko contemplent les lumières de la ville moderne, ici et maintenant. Nous regardons des esprits témoins de leur époque qui à leur tour nous regardent. 

En dix petites secondes pétries d’humanité et de tristesse, Takahata délivre un regard concerné et mélancolique sur l’histoire et l’évolution de son pays. En somme, il dit à ses compatriotes : « Notre passé nous observe, qu’allons nous faire ? ».

Un autre plan signature, celui du train, se trouve également niché au sein de Pompoko, qui est l’autre oeuvre phare que j’ai pu apprécier ainsi que Souvenirs goutte à goutte, que j’ai personnellement trouvé plus mineur, tout en demeurant cohérent avec l’oeuvre globale (contempler l’évolution de la société Japonaise). Ce moment court, mélancolique, montre l’un des tanukis se conformer au train de vie d’un « Japonais moyen », le fameux salaryman obligé de prendre chaque jour des transports bondés pour se rendre sur son lieu de travail où il passe 90% de son temps. C’est inattendu, c’est dit en silence et c’est d’une beauté infinie. Un hommage discret à son pays et à la vie de ses concitoyens, dans ce qu’elle possède de trivial, de beau et encore une fois, de mélancolique (le film, ultra politique et iconoclaste, parle de l’urbanisation et industrialisation de la société japonaise sur plusieurs décennies).

Sa disparition me rappelle à l’ordre sur Kaguya, les Yamada, Horus, et un Akage no An que je découvre dans sa filmo et qui date de 2010.

L’une des premières choses que Lasseter a faite quand il a obtenu son du chez Disney :  recevoir Miyazaki afin d’assainir une relation de distribution Ghibli-Disney qui sous l’égide de Michael Eisner avait été gérée par dessus la jambe et suscité des craintes de Takahata, ainsi qu’un éloignement tout relatif. On se souvient en effet de Mulan promu internationalement tandis que Mononoke recevait un soutien technique (le commentaire des acteurs Hollywoodiens sur le DVD Zone 1 est pétri de clichés et de condescendance vis à vis du matériau). Quand on regarde ces deux compères, ayant co-fondé et fait vivre Ghibli pendant plusieurs décennies avec les oeuvres importantes que l’on connaît, on comprend qu’ils ont fait leur classe dans une industrie, pour petit à petit s’en émanciper, puis la commander de façon écrasante en terme d’exigence et de respect du public.

Des artisans qui ne vivent que pour le craft, l’oeuvre à défaut d’un autre terme. Si Miyazaki a reçu une couverture Française plus importante à partir de la sortie (tardive) de Porco Rosso pendant la fête du cinéma de 1995 (aux côtés de Showgirls de Verhoeven, un grand moment),  Takahata n’était jamais loin, comme le montre le documentaire d’Yves Montmayeur que je vous recommande pour en savoir plus sur ces grands maîtres. Il y a eu des reproches adressés à l’intelligentsia Française pour avoir négligé pendant longtemps de tels films. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et via le travail de défricheurs, leur oeuvre commune est aujourd’hui universellement reconnue et appréciée à sa juste valeur.

Plus
Ghibli et le mystère Myazaki, Yves Montmayeur pour Arte, 2004
: https://www.youtube.com/watch?v=vq_bTgBTFaw

Isao Takahata, a tribute, BlackCriticGuy :
https://www.youtube.com/watch?v=OiNA5zUJL8Q

Des Jours sans nuit, 2008 – 2018
Sylvain Thuret

Publicités

Notes sur Annihilation d’Alex Garland

Annihilation

Arriver à lier Apocalypse Now, Stanislas Lem/Tarkovsky, Resident Evil, 2001, The Thing, Last of Us, sans tomber dans le ridicule, ça n’est pas donné à tout le monde. Alex Garland y arrive. Après Sunshine, Ex Machina et Dredd, il confirme une qualité d’écriture capable d’assimiler sans bêtement recopier.

Ce slow burner récupéré par Netflix côté Europe mêle astucieusement la SF-qui-pense des années 70 avec l’ère jeu vidéo.

Pour les liens jeu vidéo citons pêle-mêle la participation de Garland sur l’apocalyptique et écolo Enslaved, les logs des survival horrors que l’on retrouve ici sous forme de traces vidéos, venant éclairer la lanterne des personnages et du spectateur sur le hors champs, la touche Last of Us, les bidasses de la première équipe me faisant penser à la fois à Resident Evil et Spec Ops The Line... Garland est l’un des cinéastes post-gaming les plus intéressants car il met cette culture dans le pot commun narratif sans jeter d’énaurmes clins d’oeil au spectateur. Ainsi dans Ex Machina les portes tantôt accessibles tantôt inaccessibles évoquaient la progression identique de personnages dans d’innombrables jeux. Sans oublier Portal et l’aspect laboratoire scientifique inquiétant. 

Quant au rythme, dosage et design… J’ai eu l’impression qu’on me parlait correctement, de lire une belle nouvelle de SF des années 70 saupoudrée de culture pixels. Après Mute,  précédente exclusivité et gros flop critique de Netflix, Annihilation fait figure de chef d’oeuvre. Même la Portman paraît crédible entre deux pubs pour cosmétique. Cette vibration gueule de bois provient de thèmes tels que la Zone interdite et le doppelganger issus de deux films de Tarkovsky, la terreur écologique, mais aussi à l’exploration existentielle d’Apocalypse Now et Aguirre. Enfin l’utilisation d’une chanson du CSN ne laisse pas de doute sur cette référence à la fin des années 60 et 70.

Plusieurs moments viennent sérieusement perturber l’âme. Au-delà du couteau, de la grenade, du doppel et de l’ours, c’est la personne qui refuse de continuer qui m’a le plus troublé. Disparaître pour laisser quelle trace derrière soi ? Pour moi le film est là, dans son ambivalence entre la catastrophe et le beau, la volonté et le néant. Dans la fascination trouble du réalisateur pour ce « shimmer », cette couleur caractéristique de la zone dont on ne sait si elle renvoie fondamentalement à l’usage de drogues, à la folie, aux promesses non tenues ou à l’usage d’agents toxiques.

Cancer et dépression sont des termes qui reviennent chez d’autres critiques ayant apprécié le film. Annihilation n’est pas un film joyeux, mais il fait du bien. J’aime ce poème dans lequel Cohen se dédouble, il a peur de lui même. Il y a ça dans Solaris, Chroniques Martiennes, L’invasion des profanateurs de confiture : et si nos proches n’étaient pas nos proches ? Et si ce qui nous semble familier avait une couille en trop ? Le film allie les angoisses qui viennent de l’intérieur à une menace extérieure. Le terrifiant et le beau.

Imaginez par exemple une adaptation d’I am legend avec ce respect pour les mots, le rythme, les personnages. Prudent, bosseur et discret, le Garland avance doucement mais surement.

Des Jours sans nuit – Avril 2018
Sylvain Thuret

Oats Studios : Blomkamp Zygote encore

Zygote

On avait perdu de vue Neill Blomkamp, qui après un premier coup d’éclat en 2009 (District 9) s’était étiolé avec deux films bis repetita (Elysium et Chappie) et essuyé un feu rouge cuisant pour son projet Alien… Depuis mi 2017, son nouveau studio Oats sort court métrage sur court métrage de façon effrénée. 

Partageant de nombreuses similitudes avec les parcours de Joseph Kosinski et Duncan Jones, Neill Blomkamp fait partie des jeunes pousses du cinéma fantastique contemporain. Issus de la même décennie (71-79), il sont tous passés par la case jeu vidéo, influence constante dans leur travail : Kosinski est notamment responsable de la promo Mad World de Gears of War avant de réaliser Tron 2 et Oblivion, tandis que Jones avait conseillé son père auprès de Quantic Dream 20 ans avant d’adapter Warcraft au cinéma. Repéré de son côté par Peter Jackson, Neill Blomkamp peut être considéré comme un petit prodige, ayant travaillé sur les effets spéciaux de la série  Stargate à l’âge de 18 ans. Remarqué pour son travail en FX sur des publicités et des premiers courts métrages ambitieux, il a été un temps question de lui confier l’adaptation du jeu vidéo Halo. Au moment de la sortie de Halo 3, il a même réalisé un court métrage très fidèle comme proof of concept

Capture d_écran 2018-03-30 à 15.07.25

Court métrage Halo par Blomkamp : toute ressemblance avec le design d’Aliens

Malheureusement, si plusieurs « produits » estampillés Halo sont finalement sortis – le « téléfilm » Youtube Forward unto Dawn, l’anthologie animée Halo Legends… – ce film en prise de vue réelle a quant à lui été annulé par Microsoft. Tout le travail de pré-production s’est retrouvé ainsi éparpillés sur ses trois films suivants, nés d’un rendez-vous manqué.

Par ailleurs, ces trois cinéastes d’envergure ont tous délivré une première oeuvre pleine de promesses, respectivement District 9Tron Legacy et Moon avant de patiner dans la semoule. Si Kosinski a passé l’épreuve du feu récemment avec le très respectable Only the Brave, le savoir aux commandes de Top Gun 2 est une source de questionnement. Est-ce un deal passé avec Cruise, qui est réputé pour « choisir » le talent de ses réalisateurs, après le joli mais un peu creux Oblivion ?

Ayant été stagiaire chez feu Tony Scott, qui avait dirigé son père dans The Hunger / Les Prédateurs avant de s’attaquer à Top Gun premier du nom, Duncan Jones connaît actuellement un gros passage à vide. Après avoir réussi coup sur coup deux films de genre, dont une pièce maîtresse du cinéma contemporain avec Moon, la sortie consécutive de son gentillet et impersonnel Warcraft et de l’ultra raté Mute, pourtant annoncé comme son véritable troisième film, me laisse ultra perplexe. Il est même allé jusqu’à relier Mute à Moon, entachant ainsi quelque peu le caractère unique de son premier film.

Alien prep

Un visuel préparatoire diffusé par Blomkamp en 2015 pour son projet de suite d’Aliens

Visiblement en mal d’inspiration après District 9, Blomkamp travaillait sur le côté sur une hypothétique suite d’Aliens de Cameron, qui ferait tout bonnement l’impasse des films de Fincher et Jeunet. Cette suite devait être développée en marge de Prometheus. Souhaitant faire avancer les choses, Blomkamp a lâché une bombinette sur la toile en octobre 2015 en révélant des dessins préparatoires du projet, mettant en avant Michael Biehn et Sigourney Weaver. L’actrice étant devenue le nouvel ange gardien du réalisateur, en lui apportant un soutien indéfectible sur trois projets : Chappie, cette suite fantasmée et, comme nous allons le voir plus loin, Rakka en 2017.

Mais c’était sans compter le poids de Sir Ridley Scott. Réalisateur du premier Alien, aujourd’hui plus connu pour son je-m’en-foutisme intégral depuis vingt ans (films à la production design étincelante mais à l’intérêt anecdotique), il a décidé de se réveiller un jour et de relancer la franchise Alien n’importe comment. Non seulement  son Prometheus est incompréhensible, et sa suite guère plus passionnante, mais il a tout simplement tué ce projet passionnant dans l’oeuf. Avec une déclaration cinglante à Allociné.fr comme quoi ça ne se ferait pas et pis c’est tout.

Au lieu de jeter l’éponge, Blomkamp monte sa propre société de production en 2017, Oats Studios, et retourne au court métrage, comme à l’époque de Yellow et de Halo. Vu de France, le court métrage c’est l’étape obligatoire avant d’accéder, à 45 ans et des poussières, à un premier long. Donc là nous avons affaire à un cas d’école puisqu’un espoir échauffé et bourré de talent retourne d’une certaine façon à la case départ avec une énergie folle façon guérilla.

Zygote-Firebase-Rakka

On lui coupe son projet ? Il réitère la niak déployée suite au fiasco Halo et réutilise ce qu’il avait prévu par le biais d’un court métrage de 20 minutes, Zygote qui envoie un message clair : voici son « Aliens ». On lui ferme la porte d’entrée ? Il passe par la fenêtre. Une major minore son talent au profit d’un vieux derche rabougri ? Il monte un partenariat avec Steam. Difficile de faire plus Y comme réponse.

Et si ce proto-film emprunte ouvertement à The Thing, Alien, Dead Space, Doom et Inside de Playdead, il affirme un flair et talent cross média jeu-vidéo + cinéma qui devrait aujourd’hui être aux commandes. Car si j’en crois François Bliss de la Boissière, Alexis Blanchet et le sujet plein de poncifs entendu ce matin à la radio, Spielberg raconte n’importe quoi sur la culture jeu vidéo dans son Ready Player One.  

Quel est le but de cette manoeuvre : interpeller le public connecté ainsi que d’autres majors (on appréciera le majeur adressé au pouvoir décisionnaire des studios dans Zygote) ou trouver un nouveau business plan avec l’industrie du jeu vidéo ?

Le move « Oats » de Blomkamp ressemble à une wild card dont j’espère qu’elle va donner quelque chose d’aussi concret que Direct 9. Car en marge de Zygote, près de 10 autres courts métrages, dont Rakka avec Sigourney Weaver qui n’en démord pas, sortent sur la toile à un rythme endiablé depuis mi-2017. Alternant prototypes de longs métrages mêlant prise de vue réelle et effets spéciaux (Zygote, Rakka, Firebase…) et tantôt démos Unity comme autant de coups de coude adressés à l’industrie du jeu vidéo (AdamPraetoria, Gdansk…), l’output frénétique de Oats Studios ressemble néanmoins à des « projets tiroirs ».

Alors, s’agit-il d’un dernier coup de semonce ou d’une renaissance ? Rappelons que Steam est le Netflix du jeu vidéo. Que Netflix est actuellement en train de mettre la main sur Europa Corp. Et qu’au Japon un maître du jeu vidéo échaudé travaille actuellement avec Mads Mikkelsen, Guillermo del Toro et Norman Reedus.

Ce qui ne sied pas à l’ancien monde fait visiblement le bonheur du nouveau. A suivre.

Toujours +
Site officiel d’Oats Studios : https://oatsstudios.com/
Chaîne Youtube : https://www.youtube.com/user/OatsStudios
Twitter de Neill Blomkamp : https://twitter.com/NeillBlomkamp
Twitter du studio : https://twitter.com/oatsstudios

Des jours sans nuit – 30 mars 2018
Sylvain Thuret

Ninja théorie

The Messenger

« You’re the NINJA generation. No income. No job. No assets »
Money never sleeps, Oliver Stone, 2011.

Afin de célébrer la double annonce hier de The Messenger et The Mark of the Ninja disponibles prochainement sur Nintendo Switch, je vous propose un passage en revue du paysage vidéoludique en mode shuriken. De quoi patienter en attendant le prochain Devolver… 

Acrobate, solitaire, retors et masqué : si le Ninja œuvre dans l’ombre il n’est pas du genre à se la couler douce. Super balaise, il surgit pour affronter encore plus balaise que lui. Sans peur, le Ninja connaît la violence, c’est même son sacerdoce. C’est un poète à sa manière. Au rayon gaming, il existe plusieurs catégories de Ninjas. Le badass, le cyber, la femme Ninja et le fantasque. S’infiltrant dans tous les genres, de l’action-plateforme, au Beat them all, en passant par le jeu de tir, le FPS, le VS Fight, le jeu d’aventure et la reconnaissance de mouvement, le Ninja est partout.

Ninja Gaiden Black

LE BADASS
C’est le Ninja originel, entre tolérance zéro et respect du folklore lié au Japon féodal. Il distribue les shurikens comme Jésus les petits pains et n’est pas venu pour rigoler.

Shinobi

Tu le veux mon shuriken ?

Shinobi, Sega.
Plateformes
: Arcade, Master System, Megadrive, Gameboy, Playstation 2, 3DS.
Années : 1987 – 2011.

Figure du catalogue Sega, Joe Mushashi, aka le shuriken dealer, est l’un des Ninjas les plus connus du clan vidéoludique. Ayant fait les belles heures de la Master System (l’épisode originel, puis Cyber Shinobi) puis de la Megadrive (Shadow Dancer, Revenge of Shinobi, Shinobi 3 Return of the Ninja Master),  au temps où l’éditeur était avant tout un constructeur, la marque « Shinobi » s’est diluée petit à petit chez la concurrence, une fois l’éponge hardware jetée avec l’eau du bain.

Le niveau intermédiaire à la première personne sur Arcade et Master System, variation d’Operation Wolf dans lequel vos petites mimines distribuent au premier plan les Shuriken à la cantonade, devance de nombreuses années l’arrivée de Doom sur le marché. Très impressionnant, ce tour de force demeure l’un des temps forts de la saga Shinobi. Avec la jaquette occidentale de Shadow Dancer bien sûr.

Après la période faste sur Megadrive, il y eut donc Shin Shinobi Den/Shinobi X/Shinobi Legions sur Saturn, sauce digitized avec cinématiques Full Motion Philippines, puis rien sur Dreamcast, et, curieusement, Shinobi et sa suite Kunoichi consécutivement sur PS2, la console « DVD » que le monde entier s’est arraché, et qui a précipité le déclin de sa concurrente. Dernier épisode en date, le Shinobi de la 3DS.

Les concurrents d’hier étant devenus les business partners d’aujourd’hui, voir un Shinobi débarquer sur une console Nintendo, au même titre qu’un Sonic courant aux côtés d’un Mario sur un party game, ça vous pince gentiment le coeur d’une époque révolue.

Résultat de recherche d'images pour "The Ninja Master System"

Un Ninja sauce petit écolier…

Sega Ninja / The Ninja, Sega.
Plateformes
: Arcade, Master System.
Année
: 1986.

Avant même la sortie de Shinobi en arcade, Sega avait produit ce titre difficile en scrolling vertical, sur borne puis sur Master System, dont l’intro textuelle évoque des pans historiques. Il semblerait que la version originale mette en avant une Ninjette, tandis que le port domestique a pour héros un personnage masculin. Pour y avoir joué 15 minutes avec le pad Master System en main (aïe !), je peux le confirmer : c’est mignon tout plein mais c’est dur.

Résultat de recherche d'images pour "Shadow Warriors OCEAN"

Un Océan d’adaptations micro*.

Ninja Gaiden / Shadow Warriors, Tecmo.
Plateformes
: Arcade, toutes les plateformes de l’univers connu ou presque.
Années
: 1988 – 2014.

C’est le grand concurrent de la série Shinobi, par Tecmo. Je me souviens de l’intro, dans la salle d’arcade de Gruissan… Au rayon cinematic action c’était quelque chose. Et si le premier épisode de Shinobi possède encore une once de naïveté, là on navigue dans un univers beaucoup plus hardcore : que ce soit le charisme du personnage principal, les décors cradingues en phase avec les canons beat-them-up de l’époque, la difficulté générale de l’ensemble, des versions arcades aux adaptations domestiques.

Le double salto arrière de la version arcade me faisait rêver. En effet les acrobaties de personnages bien animés n’étaient pas spécialement légion en 1988. Plus connue aujourd’hui pour ses épisodes NES assez éloignés de leur modèle, la série renaquis de ses cendres sur Xbox, avec deux épisodes jugés très difficiles : Ninja Gaiden et sa variation Ninja Gaiden Black. Episode dans lequel un mode facile se débloquait après une suite d’échecs cuisants… et qui vous affublait d’un accessoire sauce Kunoichi, un ruban mauve. Ce qui dans l’humour un peu lourdaud d’Itakagi, était synonyme de honte.

Il est intéressant de souligner que ce digne représentant de la Ninja culture a été un temps exclusivement attaché à Microsoft pour sa première et seconde Xbox. En effet, la marque Américaine peinait et peine toujours à se faire un nom au pays du soleil levant et ce partenariat de plusieurs années avec Tecmo avait pour but de lui donner un plus grand rayonnement nippon, ainsi qu’une game cred renforcée auprès des joueurs. Une stratégie que l’on retrouve derrière la réédition de Shenmue 2, du nouveau Panzer Dragoon Orta, du criard et mangaïsant RPG Sudeki (made in UK) de Steel Battalion et sa manette démesurée, et d’un titre inénarrable comme Wolf Metal Chaos de From Software. Avec Tecmo et la Team Ninja, cela a donné lieu à une importante série de jeux Dead Or Alive et Ninja Gaiden, développés et édités sur Xbox only.

Quand on voit le bide actuel de la XboxOne au Japon 20 ans après, pas sur que la stratégie et moyens engagés aient payé. Par contre ces titres figurent parmi les plus solides techniquement de la première Xbox, comme en attestent Ninja Gaiden mais aussi Dead Or Alive 3, aux graphismes Big jim et fluidité impresionnants. Quand Ryu Hayabusa ne tranche pas du vilain démon, on le retrouve à faire le kéké dans le VS fight du développeur.

Ce partenariat avec Tecmo continua de plus belle avec l’arrivée de Ninja Gaiden 2 sur Xbox360. Quant aux adaptations Sigma sur consoles Sony, PS3 et Vita, elles marquèrent la fin d’une époque entre le développeur Japonais et la marque US. Un moment correspondant peu ou prou au départ de Tomonobou Itakagi, fin maître d’oeuvre de la bien nommée Team Ninja, responsable de ces gros jeux qui tâchent. Un départ qui fut source d’une baisse de régime pour le développeur, un troisième épisode sur PS360 et WiiU n’ayant pas reçu les suffrages élogieux de ses aînés. A tel point que moins d’un an après sa sortie, une version améliorée nommée Razor’s Edge, déboula sans crier gare… sur WiiU. Autre signe des temps : l’accueil critique désastreux de leur Ninja Gaiden Z Yaiba (voir plus bas), qui s’annonçait pourtant comme très très fun.

Et si le vif et sanglant Ryu ne nous a pas donné de nouvelles depuis 2013, la Team Ninja a reçu des éloges en 2016 avec la sortie de Nioh, exclusivement sur PS4 et mettant en avant un Ronin gaijin. Quant à Itakagi, il a sorti de son côté le décrié Devil’s Third sur WiiU.

N’oublions pas pour finir le Ninja Gaiden DS. Sorti en 2008, c’est l’un des tous meilleurs jeux d’action de la console.

* La disparition récente de Bob Wakelin a rappelé à de nombreux gamers les plus belles pages de leur enfance.

Ninja BladeNinja Blade, FromSoftware – Microsoft Game Studios.
Plateforme : Xbox 360, PC.
Année : 2009.

Exclusivement sorti sur Xbox360 en 2009, Ninja Blade fait partie de la statégie de Microsoft évoquée plus haut, visant à se faire accepter des joueurs japonais et des gamers fans de culture nippone. Ce bon gros rip-off décomplexé du Ninja Gaiden version Xbox ne se prend pas au sérieux et vous met dans des situations toutes plus délirantes les unes que les autres. Si à l’époque From Software était encore traité par dessus la jambe en occident, Demon’s Souls, sorti peu de temps après sur PS3 vint changer la donne aux yeux des critiques et d’un plus large public. Les plus hardcore ayant déjà succombé sous le charme hypnotique et foutraque des King’s Field sur PSX

Avant il était de bon ton de se plaindre de ce genre de jeu, dont les budgets et les ambitions n’étaient pas aussi énormes que les têtes de gondole. Aujourd’hui, on constate une quasi disparition de ces projets intermédiaires, qui comptent souvent parmi les plus singuliers, décomplexés et rigolos d’une ludothèque. Ces titres du milieu ont petit à petit disparu au profit, d’un côté d’une déferlante indie et de l’autre la sortie d’un très gros blockbuster tous les 6 mois.

Pour résumer, Ninja Blade, c’est pas cher, tout du moins quand ça se trouve, c’est exclusif à la bobox et c’est le fun pépère à base de situations échevelées, de boss démesurés, de QTE et d’effets de lames délirants.

ps1_tenchu_stealth_assassins
Tenchu, Acquire.
Plateformes : Playstation, Playstation 2, Xbox, Xbox 360, Wii, PSP, Vita…
Années
: 1998 – 2008 ; 2005 – 2012 pour la série Shinobido.

Alors que Shinobi et Ninja Gaiden ont occupé le cœur des années 80 et 90, la relève côté folklore badass est venue sur console Playstation en 98. L’essor de la 3D a permis à certains développeurs d’utiliser la spatialisation comme un atout pour des jeux d’infiltration. Un attrait exploité par la superproduction de l’année, à savoir Metal Gear Solid, mais aussi ce Tenchu très apprécié bien que moins connu du grand public. L’infiltration étant l’essence même du savoir faire Ninja, on peut dire qu’Acquire a eu le nez fin. En effet, bien que très violent, ce titre respecte cependant un cadre traditionnel (à la différence d’un Ninja Blade plutôt axée série Z par exemple).

En ajoutant la série de spin off Shinobido (trois titres sur PS2, PSP et Vita) à la série canonique, ainsi que l’épisode Tenchu Z signé From Software en 2007 (encore eux !), la licence Tenchu compte 10 épisodes. Et bien qu’étant dans la pénombre, Acquire est aujourd’hui aux manettes du très attendu Octopath Traveler. On en apprend tous les jours.

Ninja Shadow of Darkness
Ninja : Shadow of Darkness, Core Design- EIDOS.
Plateforme : PSX.
Année : 1998. 

Dans l’ombre de Tenchu, se trouve un autre Ninja sur Playstation 1. « From the creators of Tomb Raider », ce beat-them-all en 3D a l’air franchement sympathique et me fait penser à Soul Fighter sur Dreamcast.

Ninja_combat
Ninja Combat, ADK-SNK.
Plateforme : Neo Geo.
Année : 1992
.
Ninja Combat est un action – platformer des plus classiques sur Neo Geo.

Ninja Commando
Ninja Commando, ADK-SNK.
Plateforme : Neo Geo.
Année : 1992. 

Un run & gun de bonne facture en scrolling vertical, dans la lignée des premiers titres SNK Ikari Warriors, Victory Road et Search & Rescue et qui possède ainsi une réelle expertise en la matière. Expertise qui débouchera par exemple sur les très bons Shock Troopers 1&2.

cover_large
Ninja Master’s, ADK-SNK.
Plateforme : Neo Geo.
Année : 1996.

Un mix, pour ne pas dire un clône de Samurai Shodown mâtiné de Street Fighter plutôt bien animé.

cover-titre.jpgKaze Kiri – Ninja Action, Naxat Soft.
Plateforme
: PC Engine CD.
Année
: 1994.

Grâce à la magie internet, je découvre en 2017 ce titre PC Engine CD passé à l’as, qui se situe à vue de nez quelque part entre Shinobi, Strider et Ninja Spirit. OpenEmu me voilà.

220px-Ninja_1986_cover_8bit
Ninja, Sculptured Software – Mastertronics.
Plateformes
: Atari, Amiga, Amstrad, C64, MS-DOS…
Année :
1986.

Quand l’Atari ST a remplacé notre premier ordinateur, un Amstrad CPC 464 cassette monochrome, c’était littéralement comme remplacer une TV noir et blanc à boutons par une TV couleur à télécommande. J’ai demandé à un collègue informaticien de ma petite maman de m’obtenir des jeux sur notre nouvelle machine. Je voulais Bad Dudes Vs Dragon Ninja à tout prix. Et j’ai eu The Ninja. Je me souviens aussi qu’il m’avait passé African Raiders en copie également… J’ai beaucoup joué à The Ninja. Beaucoup beaucoup. Ce jeu respire l’inspiration Karateka de Jordan Mechner. Il y a un côté suranné pas vilain et certains tableaux sont à tomber. C’est sans doute avec ce jeu que mon intérêt pour la figure du Ninja s’est manifesté pour la première fois. Merci maman et ce collègue super gentil qui s’est fait suer pour me passer des titres aussi chouettes.

last-ninja-2.jpg
Last Ninja 2, System3.
Plateforme
: Atari ST, Amiga, Amstrad CPC…
Année
: 1988.

Le Ninja sait parfois être isométrique. En effet la série The Last Ninja délaisse l’action pure pour offrir de l’aventure – exploration en mode pixel. J’en garde le souvenir d’une version graphique des jeux textuels West, North, East, South, Choucroute. Série qu’il ne faut pas laisser tomber dans l’oubli, son ambition faisant écho à de nombreux jeux d’aventure graphique ayant pignon sur rue sur les micro ordinateurs de l’époque. Une curiosité.

Legend of Kage
The Legend of Kage, Taïto.
Plateforme :
Arcade, Amstrad, C64, MSX, NES, Spectrum, DS.
Années :
1985, 1986, 1987.

Bien que largement ignoré par rapport à un Shinobi ou Ninja Gaiden, The Legend of Kage ressemble étrangement à d’autres titres qui ont suivi, de Ninja Spirits à Ganryu en passant par Kaze Kiri.

Ninja Spirit
Ninja Spirit
, Irem.
Plateformes
: Arcade, Atari, Amiga, PC Engine…
Année
: 1990.

J’y ai principalement joué sur Atari ST. Initialement développé sous la houlette de Irem, à qui l’on doit le légendaire R-Type, mais aussi In The Hunt et Gun Force. Ce qui m’avait marqué : l’effet « 3 Ninjas pour le prix d’un ». Pas mal du tout. Très emprunt de folklore asiatique.

header (1)
Mark of the Ninja
, Klei Entertainment – Microsoft Studios.
Plateforme
: Steam, Xbox360, Switch.
Année
: 2012 ; 2018.

Célébré par la presse et les joueurs, Mark of the Ninja revient sur Switch dans une version dite « Remastered ». Avec la vidéo « Nindie » de ce 19 mars 2018 (mot valise traduisant l’intérêt croissant de la firme pour la sphère indépendante), les fans de Ninja games sont doublement comblés avec l’annonce de The Messenger, du développeur Sabotage et de l’éditeur Devolver, spécialisé dans le « petit jeu impoli qui défouraille ».

Entre jeu de plateforme, d’action et d’infiltration, Mark of the Ninja est dans ma to do list prioritaire since 2013. Soupirs.

Blue-Shadow

Mon chouchou, signé Natsume.

Blue Shadow/ Shadow of the Ninja, Natsume.
Plateforme
: NES.
Année
: 1990.

Mon chouchou est un clone génial de la série Ninja Gaiden période NES. Un mini Graal affilié à toute la vague run & fun de la console (les Megaman, Kabuki Quantum Fighter, Ninja Gaiden, Vice Project Doom, Metroïd…) que je cherche depuis un ptit bail, si possible en boîte.

Ninja Cop

Un autre rip off de Ninja Gaiden NES, par Konami.

Ninja cop / Ninja Five O, Konami.
Platefome
: GBA.
Année
: 2003.

Cet autre clone GBA du Ninja Gaiden me fait beaucoup penser à la version Game Gear de son modèle, en tout cas le souvenir que j’en ai. Apparement très recherché aujourd’hui, il a l’air très bien mais les jambes constamment arquées du héros me rebutent un peu. C’est comme les pieds inexistants de Fire Emblem Awakenings, c’est le genre de détail qui peut rendre chafouin. 

Ganryu

Ganryu réédité sur DC en 2017 !

Ganryu, Visco Games.
Plateformes
: Neo Geo, Dreamcast.
Années
: 99 ; 2017.

En 99, j’étais collé au PC familial. A l’époque les PCS étaient gros, gris, faisaient un bruit de machine à laver et plantaient tout le temps. Toutes ces nuits passées à chasser la release Neo Geo dès que Wovou annonçait le dump d’un nouveau titre. Ainsi j’ai passé plus de temps à acquérir Ganryu en émulation qu’à y jouer. A l’époque, il n’y avait pas vraiment de bon stick pour PC, ça plus le bruit et les plantages bref c’était moins confort qu’aujourd’hui. Mais quand même ça tournait bien dans l’absolu et c’était magique, c’était au moment où l’ADSL venait tout juste d’arriver. Pour moi Ganryu ressemble à un gentil clone de Ninja Spirit, mais aussi à un titre moins connu, Legend of Kage. Pour être franc, je ne suis même pas sur que le protagoniste soit un ninja. Par contre, le jeu est en est bourré. Les retours initiaux n’étant pas foliche, je suis surpris que ce titre soit réédité par « JoshProd », une entité jaillie de nulle part et qui s’est lancé dans le licensing et réédition d’anciens titres Neo Geo et 16 bits, dont plusieurs comme Ganryu mais aussi Breakers, sur Dreamcast. J’entends que cette réédition n’est pas totalement fidèle au jeu original mais la démarche est à encourager.

Shinrei Jusatsushi Taromaru (J) Front

L’un des gentils Graal de la Saturn. Good luck.

Shinrei Jusatsushi Taromaru, Time Warner Interactive.
Plateforme
: Saturn.
Année
: 1994.

Uniquement publié au Japon malgré son développeur-éditeur américain, ce Shinobi like coute aujourd’hui un bras et deux yeux en import. Si le maniement est un peu particulier, ce titre est incontournable. Ayant hésité à me le prendre à 200 euros à une époque sur Playasia, je le vois désormais dans les 400/600… Plan de jeu 2D mais avec un peu de 3D, ce jeu démontre le savoir faire de la console, tout en ayant ce charme folklore & fantasy façon Histoire de fantômes chinois. Ce titre est typique de la longue méconnaissance de titres incroyables jamais sortis du japon. Une méconnaissance qui a placé la Saturn sous le jour d’un parc logiciel européen rachitique… ne représentant absolument pas la richesse globale d’une ludothèque aujourd’hui très recherchée pour ses shmups, VS et Beat them all parfaitement exécutés.

Shadow BladeShadow Blade, Dead Mage-Crescent Moon Games.
Plateforme
: IOS, Android, Ouya puis PC et PS4.
Année
: 2014.

Dans un souci d’exhaustivité je mentionne ce titre iOS, depuis adapté sur PC et PS4, que je découvre pour cet article.

Dead Cells
Dead Cells, Motion Twin.
Plateforme
: Steam.
Année
: 2018.

Bien que ne faisant pas explicitement référence aux codes de la culture Ninja, le jeu ressemble à s’y méprendre à Ninja Gaiden, Shinobi et Mark of the Ninja. Ce jeu m’attire fortement. Et en plus c’est Français. Parfaitement Monsieur.

Aragami
Aragami, Lince Works
Plateformes
: PC, MAC, Steam, PS4.
Année
: 2016. 

Aragami est un jeu Catalan. Ce qui est drôle c’est que nous étions à Barcelone avec mon épouse au moment de sa sortie et que le jeu était introuvable sur place. Nul n’est Ninja en son pays. Au final je l’ai acheté sur MAC au cours des dernières soldes. Ca a l’air très joli et croise plusieurs influences, entre Tenchu et Journey.

Autres figures honorables
Kage Maru – Série Virtua Fighter, Sega.
Hanzo Attori – Série Samurai Spirits, SNK.
Galford – Série Samurai Spirits, SNK.
Eiji Kisaragi – Séries Art of Fighting et King of Fighters, SNK.
Zantetsu – Série The Last Blade, SNK.

 

Gray Fox

LE CYBERNETIQUE

Plébiscité par la culture pop, le Ninja est une petite machine à tuer ambulante dont le caractère anonyme et froid en fait le candidat idéal d’un croisement cybernétique. Ainsi l’influence du Terminator de Cameron explique en grande partie l’arrivée d’un Ninja- d’un robot létal et instoppable. Tout comme Jaws a pris la place de Flipper le Dauphin.  Cet impact explique comment nous sommes passés de Ninja, Legend of Kage et Shinobi, empreints de folklore en 86 et 87 à Ninja Warriors en 91. Une transition qui entérine pour de bon cette figure de l’ombre au sein d’une culture pop débridée. Si le Ninja nous vient de l’ère Edo, il est là pour durer.

The Cyber shinobi
The Cyber Shinobi, Sega.
Plateforme
: Master System.
Année
: 1990.

Sorti en fin de vie de la Master System, cette suite, dans laquelle on incarne (roulement de tambours) le petit fils de Joe (j’aurai adoré écrire pour le jeu vidéo à cette époque) semble pourtant anachronique pour plusieurs raisons. D’abord la réalisation technique est étonnement mauvaise. Par ailleurs, les versions Megadrive de la saga Shinobi ont déjà commencé à pointer le bout de leur nez aussi, d’un point de vue purement commercial, Sega semble s’être fourvoyé avec cette suite, la plus mal aimée de la franchise. Le Cyber du titre est trompeur. Il désigne l’environnement du titre (le futur) mais votre protagoniste est fait de chair et de sang…

Strider

Strider/Strider2, Capcom.
Plateformes
: Arcade, toutes les plateformes connues et au-delà.
Années
: 1989-2014.

A l’instar de Joe-du-futur, Strider n’est pas lui même un robot, mais il évolue de même dans un environnement futuriste parsemé de machines.  Un de mes gros coups de cœur d’enfant, ce mix de Ninja Gaiden et de Shinobi aux graphismes améliorés s’ouvre sur un niveau d’anthologie évoquant une union soviétique devenue totalitaire.

Sa suite officielle Strider 2 sur PSX vaut aujourd’hui le PIB du Gabon, malgré un certain anonymat lors de sa sortie au début des années 2000, souvent prompte à ensevelir les anciennes gloires 2D du jeu vidéo. Le personnage a néanmoins survécu en apparaissant comme combattant jouable dans la franchise VS Marvel Vs Capcom, puis grâce à un joli remake en 2014 signé Double Helix. Un reboot qui s’inscrit dans les bons points marqués par Shadow Complex en 2009.

Quant aux suites que l’on trouve sur Atari et Megadrive dans les années 90, elles n’ont pas grand chose à voir avec le second épisode certifié Capcom. Ils n’en sont pas pour autant totalement inintéressants.

Enfin Strider est aussi célèbre pour avoir gratifié la culture vidéoludique d’une couverture Megadrive considérée comme l’une des plus kitchounes du medium. Le panache du personnage y est enseveli sous un mix improbable de Flash Gordon et d’Action Man en spandex.

Ninja Warriors
Ninja Warriors / Ninja Warriors again, Taïto.
Plateformes
: Arcade, Atari ST, Amiga, PC Engine, Snes.
Année
: 1990.

Ces Ninjas là avaient la particularité d’être des robots, d’être très fins et d’occuper 3 écrans en salle d’arcade, façon Darius 2. Je l’avais sur Atari ST, dans une adaptation très réussie. Aspérité intéressante : votre personnage, une Kunoichi en plus d’être un robot (on arrête pas le progrès), dévoilait sa véritable carcasse, tout comme Schwarzy, au fur et à mesure des coups portés. C’était une bien belle idée.

Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir gardé ce jeu, tout comme mon Atari et mon Amstrad… L’environnement sale, totalitaire et post acocalyptique, pas si éloigné du début de Contra 3 par exemple, était typique des beat de l’époque en side scrolling sur un seul plan : After the war, Robocop, Wild Streets

Une suite, Ninja Warriors Again, au style graphique éloigné du pointillisme de l’original, existe en émulation sur Super Nes.

Yaiba

Ninja Gaiden sauce gonzo.

Yaiba: Ninja Gaiden Z, Koei-Tecmo.
Plateforme
: Xbox360, PS3.
Année
: 2014.

A la fois spin off et hypertrophie du concept Ninja Gaiden, Ninja Gaiden Z vous voit interpréter un méchant, passé sous la lame d’Hayabuza et reconstitué en morceaux par la cybernétique. D’après les vidéos que j’ai vu, ça a l’air foutraque et sanglant et vu le prix auquel on le trouve aujourd’hui, je me le suis approprié récemment pour voir ce que ça donne.

Autres figures honorables
Gray Fox – Série Metal Gear, Konami.
Cain – Binary Domain, Sega.
Genji – Overwatch, Blizzard.

Red Ninja

LA KUNOICHI

C’est la Ninjette de la bande, qui n’hésite pas à jouer de ses charmes pour troubler ses adversaires. Fait intéressant : bien des années avant l’arrivée de l’iconoclaste Bayonetta, l’un des tous premiers jeux de Ninja mettait en avant une Kunoichi

Ninja_Princess.png
Ninja Princess, Sega.
Plateforme : Arcade.
Année : 1985.

Sega est décidément un acteur clé de la culture Ninja sur console. Comme évoqué plus haut, avant son très célèbre Shinobi, la firme avait travaillé sur un précédent titre en 1985 ayant pour cadre le Japon féodal. Autre surprise, la version arcade mettait en avant une Kunoichi, c’est à dire une combattante féminine. Au rayon Girl Empowerment on retient souvent Metroïd pour son twist final mais l’héroïne de Ninja Princess la précède d’une poignée d’années.

kunoichi-sega-2003-e1521739006327.jpg

Kunoichi / Nightshade, Wow entertainment – Sega.
Plateforme
: PS2.
Année
: 2004.

Il n’est donc pas si étonnant que Sega ait proposé, après un Shinobi PS2 considéré aujourd’hui comme difficile et réussi, une suite qui ressemble beaucoup à un make-over du même jeu, cette fois avec une femme comme protagoniste principal. Sega répare ainsi l’affront fait à sa série initiale, qui avait gommé le personnage féminin au profit d’un personnage masculin. A noter : Kunoichi ferait une apparition dans Project X Zone 2 sur 3DS, renforçant ainsi la présence de la franchise sur la console portable de Nintendo après Shinobi 3DS.

Saboteur 2
Saboteur 2, avenging angel, Durell Software.
Plateformes
: Amstrad CPC, C64, Spectrum.
Année
: 1987.

Décidément, les tous premiers jeux de Ninja étaient très girly ! En 1987, cette suite du jeu vidéo d’infiltration Saboteur emboîte le pas de Sega. Développée pour le marché des micro ordinateurs occidentaux, ce titre met en avant une femme Ninja, tout de cuir vêtue, astucieusement prénommée NinaSaboteur 2, c’est le Ninja à la sauce SAS. Et même que c’était vachement dur.

914full-red-ninja_-end-of-honor-artwork

Red Ninja – End of Honor, Tranji studios-Vivendi Universal Games. Plateformes : PS2, Xbox.
Anée
: 2005.

Portant une tenue courte et rouge sang d’une grande discrétion, cette Kunoichi vient empiéter sur les terres de Tenchu. Si le jeu est considéré comme moyen, la pochette est très belle. Je me demande à quoi peu bien faire référence le End of honor du titre…

 

Izuna
Izuna ; Izuna 2, Ninja Studio – Success – Atlus – 505 Games.
Plateforme
: DS.
Année
: 2006.

Un dungeon crawler mettant en scène une Ninja au chômage. Voilà qui est intrigant.

NOLF2

No One Lives Forever 2, Monolith.
Plateforme
: PC, PS2 pour le premier épisode. 
Année
: 2003.

Dans ce second épisode de la série No One Lives Forever, l’espionne anglaise Cate Archer affronte, dans un niveau ayant marqué les mémoires, une tornade de Kunoichis, qu’elle ratatine au choix à la mitrailleuse, à l’arme blanche et au shuriken. Choc des cultures.

Autres figures honorables
Taki – Série Soul Calibur, Namco.
Ibuki – Série Street Fighter, Capcom.
Valentine – Série SkullGirls, Reverge Labs-Konami.
Ayane –  Séries Ninja Gaiden, Dead or Alive, Tecmo.

Mystical Ninja

LE LOUFOQUE 

Cartoonesque, décalé, Super Deformed, kiddie stuff, le Ninja décalé vient contrebalancer l’image un peu trop austère du Ninja. Une approche hautement friendly qui tend à démocratiser la figure du Ninja auprès du plus grand nombre. Jusqu’au point de non retour dans les années 2000 avec la série Naruto

Tortues Ninja
Teenage Mutant Ninja Turtles, Konami, Ubisoft.
Années
: 1989 – ?

Véritable tornade ayant pris d’assaut la fin des années 80, avant de se faire damer le pion dans les cours de récré par la franchise Pokémon, Les Tortues Ninja relèvent d’un quasi malentendu. Si la bande dessinée originale d’EastmanLaird s’est toujours présentée sous un jour badass (cf. visuel ci-dessus), le saturday morning cartoon qui en a dérivé s’est révélé d’une nunucherie à faire passer Fred et Jamy pour des dealers. Véritable licence multi-supports, la Turtle mania a dérivé vers de nombreux jouets, séries, vêtements, corn-flakes… A l’époque, la censure du terme « Ninja », jugé trop violent, au profit de « Hero » au moment de propulser la licence sur orbite avait fait du foin et marquait les débuts du politiquement correct aux Etats-Unis.

Pour ce qui est des jeux, c’est Konami qui a mis la licence sur orbite avec une série de bons titres Arcade et Consoles, plus en phase avec la violence urbaine du comic. En France, la culture NES servant de tête de gondole pour le « retro » gaming, c’est l’épisode 8 bits et sa difficulté poussive qui revient le plus souvent. Pour ma part, je garde un souvenir fort de la borne d’arcade isolée au fond d’une galerie marchande Morzinoise, que je regardais le soir, le nez collé à la vitrine. L’intro, calquant celle du dessin animé, était incroyable pour l’époque. De plus, la borne possédait 4 joysticks, ce qui permettait à quatre joueurs d’incarner simultanément l’ensemble des héros. De cette période faste est née l’équipe interne Star Team, qui devint par la suite Treasure, une société issue de la cuisse de Konami à qui nous devons Gunstar Heroes, Radiant Silvergun, Gradius V, Sin & Punishment et tant d’autres titres accrocheurs.

Plus tard, c’est Ubisoft, surfant sur l’image devenue kids friendly, qui a récupéré la licence pour sortir de très nombreux titres sur Wii, Xbox 360, PS3, DS… Récemment, Platinum Games s’est frotté aux Tortues sous l’égide d’Activision, avec un résultat qui n’a pas été jugé à la hauteur de la réputation du studio.

GoemonGoemon, Konami.
Plateformes
: Arcade, NES, MSX2, Super Nintendo, Gameboy, Gameboy Color, GBA, DS, Playstation, Playstation 2, Nintendo 64.
Années
: 1986 – 2005.

Méconnue en France, cette série d’une trentaine de titres (quand même !) se situe dans un « Japon médiéval folklorique » (dixit Wikipedia), le personnage principal serait inspiré d’un Robin des Bois du cru, un certain Ishikawa Goemon.

Caveman Ninja

Joe & Mac, Caveman Ninja, Data East.
Plateforme : Arcade, Snes…
Année : 1991.

Réédités récemment pour la Super Nintendo, la série Caveman est un jeu de plateformes loufoque que j’ai toujours associé à deux autres titres : Toki et PC Kid. Et Prehistorik mais ça fait 3.

Mystic Warriors - Wrath of the Ninjas

Mystic Warriors : Wrath of the Ninjas, Konami.
Plateforme : Arcade.
Année : 1993.

Toujours dans cette veine arcade débridée, Konami proposait en 1993 ce qui est considéré comme un make over de Sunset Riders. Soit un univers débridé et cartoonesque en diable.

Ninja Baseball

Ninja Baseball Bat Man, Irem.
Plateforme :
Arcade.
Année :
1993.

Produit par Irem en 93, cet autre beat-them-all est passé à l’as malgré des qualités célébrées par tous les YT dénicheurs d’aujourd’hui. Bien que n’ayant aucun rapport avec le folklore Ninja, c’est un incunable de l’émulation Mame.

Zool
Zool, Gremlin. Plateformes : Amiga, Atari… Année de sortie : 1992.
N’oublions pas Zool, qui en 1992 avait pour mission de redorer le blason de l’Atari ST et de l’Amiga face à la déferlante Sonic. Coloré et rapide, ce jeu mettait en avant une fourmi Ninja. Et oui. Ce genre d’émulation entre consoles de salon et micro ordinateurs est difficilement compréhensible aujourd’hui, mais ce qui se jouait à l’époque, c’était que les développeurs japonais étaient devant pour tout ce qui était fun et coloré sur console, tandis que les micro ordinateurs plébiscités en Europe (Allemagne, UK, France, Espagne etc.) étaient le terrain de jeu de développeurs du cru. Il y a donc bien eu, d’une certaine façon « guerre d’écoles et de savoir faire ». Exemple connu aujourd’hui : Manfred Trenz, qui a singé brillamment de nombreux hits Japonais sur micro ordinateurs : Katakis, Great Giana Sisters, Rendering Ranger

Kung Fu Chaos
Kung Fu Chaos, Just Add Monsters – Microsoft
Plateforme
: Xbox. 
Année
: 2004.

Si la palme de l’excentricité / all out devait être décernée à un titre loufoque, le tapis rouge est pour Kung Fu Chaos, variation bourre pifs de Power Stone/Super Smash à la sauce Shaolin bros. Dans laquelle plusieurs figures du folklore traditionnelles peuvent s’affronter en mode SD. La version française, fidèle à la VO caricaturale, est un bonheur. Par la suite, Just Add Monsters a mué en Ninja Theory, responsables de titres de haut vol tels que Enslaved, le remake de Devil May Cry et Hellblade.

I Ninja
I-Ninja, Argonaut-Namco.
Plateformes
: PS2, Gamecube, Xbox, PC.
Année
: 2004.

Avant les Mini Ninjas il y eut cet autre titre kawai. Qui figure dans ma liste d’acquisitions.

Mini Ninjas

Mini Ninjas, IoInteractive – Eidos.
Plateforme
: PS360, Wii, DS, Windows, MAC, iOS…
Année
: 2009.

Il y a eu un alignement des planètes étrange avec ce titre. Lors de mes missions à TF1 entre 2013 et 2014, le groupe avait dans les cartons le projet d’une adaptation animée de ce titre… 6 ans après sa sortie. Ce sont les gens de IO (interactive et non la vache) qui sont derrière ce titre. Ca n’a vraiment pas été un hit, man, mais c’est plutôt mignon, mélange d’action-infiltration sauce kiddie. Pour cet article, je découvre l’existence d’une version DS en complément de la version PS3, 360 et Wii. Rien n’est vrai. Tout est possible.

FruitNinja_logo

Fruit Ninja, Halfbrick.
Plateforme : iOS, Xbox360 (Kinect).
Année : 2010.

Initialement sorti sur smartphones et tablettes, ce titre fut ensuite commercialisé sur le Xbox Live Arcade et fourni sous forme de code avec la copie physique de The Gunstringer. Après s’être appuyé sur les capacités tactiles des devices mobiles, le titre a ainsi profité de la reconnaissance de mouvements propre à la technologie Kinect, qui n’a malheureusement pas su tenir ses promesses. Pour justifier son concept improbable, le trailer va assez loin.

Autres figures honorables
Hokutamaru – Mark of the Wolves, SNK.
Ginzu – Captain Commando, Capcom.

Des jours sans nuit – Mars 2018.
Sylvain Thuret

Le point NETFLIX

Mindhunter-1200x520

L’arrivée de Netflix en France a insufflé un vent de panique. Comment la télévision française, bloquée en 1992, allait résister à ce challenger de poids, prêt à capter l’attention d’une génération qui s’était déjà bien éloignée du poste ?

Pour l’ex-président du groupe TF1 Nonce Paolini, l’arrivée de Netflix en 2014 allait « rebattre les cartes ». Comprendre : dynamiter le PAF. Trois ans ont passé. Et je constate que l’offre VOD, née en 2005, s’est largement développée du côté de Canal et d’Orange. Avec pour Canal, une interface « My Canal » qui marche du feu de dieu, un catalogue de films important et la production renouvelée de séries originales, Le Bureau des Légendes étant l’un des meilleurs programmes de ces dernières années. D’ailleurs, l’abonnement traditionnel avec box tend à se diluer, sous l’influence croissante de son concurrent US, en une offre 100 % digitale, directement intégrée dans l’interface des téléviseurs HD.

Pour Orange, la formalisation d’un solide partenariat entre OCS et HBO, assurant la diffusion notable de séries vitrines : Girls, Game of Thrones, The Walking Dead et aujourd’hui The Handmaid’s tale en tête. De même que Canal se trouve encore coincé entre deux business models, Orange a du mal à faire le tri entre une offre VOD pour mamie et son offre Premium à destination des actifs, OCS étant difficilement accessible sur la home de la TV d’Orange (pas de panique c’est Français, à ranger à côté des sous-titres .SRT non gérés par le stockage Livebox ou le délai de 48h pour l’activation des films postés sur le Cloud).

De son côté Netflix occupe le segment de la génération Y/Z : connectée H.24 à son téléphone, tablette ou netbook, ne possédant pas de poste de télévision (artefact préhistorique, volumineux et couteux à leurs yeux), vorace de nouveauté et de consommation immédiate, de nuit comme de jour, inside outside, de n’importe quel type de programme.

Pour les séduire : un abonnement mensuel à prix modique et sans engagement, soit l’opposé du modèle Français imposé par Canal+ sur 30 ans. Et un accès sans limite à un vaste catalogue de contenus sans cesse renouvelés.

Son mix ? Des séries, pour ne pas dire des coups, en phase avec la culture pop de notre époque : adaptation de la licence Castlevania de Konami (!), une nouvelle série Star Trek, une série avec des catcheuses 80’s, l’exploitation de seconds couteaux Marvel ; des films originaux, comme Our souls at night, Gerald’s game, Okja et Warmachine. Sans oublier les mangasseries en vrac, le bon cotoyant le flux (Blame, Attack on titan, Gantz 0 pour citer le haut du panier).

Le point noir de Netflix : les films et la qualité intrinsèque des programmes proposés.

Pour la conso de geekeries à moindre coût, c’est top et nul doute que le PAF est en train de payer cher son immobilisme. Mais quand on regarde au détail, les séries ne remplissent pas toutes leurs promesses :

Glow : la promesse de nanas faisant du catch en mode glitter se matérialise timidement une fois la saison terminée ;

Castlevania : après l’excitation de l’annonce, les geeks ayant apprécié d’être considérés comme des téléspectateurs de leur temps, la déception a été de mise devant ce premier jet d’épisodes falots, n’arrivant pas à la cheville de Vampire Hunter D : Bloodlust, mètre étalon du genre, réalisé en 2000 avec des moyens confortables et une réelle ambition artistique ;

Star Trek : pour m’être infligé un After Trek en présence d’un co-scénariste, on sent que niveau écriture, c’est ni Carnivale ni BSG. Le 3ème épisode, plaisant au demeurant, singe allègrement Doom 3, Dead Space et Mass Effect. Eux-mêmes pompeurs d’Alien, Star Wars et Star Trek. Sympathique, mais nous ne sommes clairement pas devant le niveau d’excellence recherché par HBO.

Stranger Things : sympathique mix de Stand By Me, des Goonies, It et The Thing, bref tout ce qui a fait le sel des années 80. Sans éclat en dehors de la distribution des gosses. Idem que pour Glow et The OA : c’est agréable à regarder mais ça patine un peu. La saison 2 est joyeusement attendue pour fin octobre.

Côté films, on en est encore au stade de téléfilms avec une distribution cinéma. Our Souls At Night stigmatise parfaitement cet état de fait : Robert Redford et Jane Fonda filmés dans leur cuisine et sur leur porche, ça fonctionne. Mais ça montre que le scope de ces programmes est encore bien restreint. Une situation qui pourrait bien évoluer d’ici un an ou deux. Et qui chamboule vraisemblablement le statu quo Français.

En effet, le vent de panique a repris de plus belle lors du dernier festival de Cannes, lorsque deux films produits par Netflix ont été présentés, tout en étant uniquement destinés à leur canal. Après avoir réveillé les diffuseurs TV de leur torpeur, Netflix s’attaque désormais à la distribution des films en salles, zappant totalement cette étape pour diffuser directement sur leur plateforme ! En clair Okja était disponible, pour quasiment rien, dans la foulée de son intronisation Cannoise. Arte le fait depuis un bail, mais ça a toujours été un truc arty pour happy few. Là on parle d’un modèle économique rouleau compresseur à la sauce digitale, anywhere, any device. Et, coup de maître de Netflix : l’annonce de ces nouveautés la « veille » de leur diffusion, pas plus de 6 mois en amont.

De plus, s’abonner à Netflix revient grosso modo à 12 euros par mois. Après avoir ferré le poisson, le groupe augmente actuellement ses tarifs d’1/2 euros. Car en face, sur les plateformes VOD des chaînes traditionnelles et des FAI, une location à l’unité d’un film récent coûte grosso modo dans les 6 euros. Faites le calcul : pour le prix de deux téléfilms Français, vous pouvez vous payer tout Black Mirror, Stranger Things, Attack on Titan… et regarder sans supplément le dernier film de Bong Joon-Ho. Quand tu as 25 piges, qu’Alexandra Lamy te parle moins que Game of Thrones, que tu vis dans un studio et que tu es fauché, le deal est vite vu.

Vu que le cinéma français carbure aux subventions télé, il est bien évident qu’une stratégie aussi agressive « rebatte » effectivement « les cartes » des professionnels du PAF.

Que ce soit sur les séries ou les « films », Netflix gagne actuellement du terrain sur le volume et de la cible, les digital natives. Mais pour la qualité cinématographique, c’est pas encore tout à fait ça. En attendant l’improbable Bright, dont le pitchounet me rappelle Alien Nation, Warmachine ressemble vraiment à un téléfilm gonflé, réalisé à l’arrache avec les moyens du bord. Et qui dure 2h, « parce que » il faut faire film. Si Okja a été chercher son « cochon Coréen pour dominer le marché international » et représente un vrai et malin pavé dans la marre, Warmachine ne décolle jamais sur rien. Mais ça pourrait changer d’ici un an ou deux. L’arrivée de la série Mindhunter en ce mois d’octobre, produite par David Fincher, pourrait bien être un marqueur qualitatif d’importance.

Le cinéma Français cependant semble faire de la résistance. Etude de cas : What happened to Monday? A mi chemin entre le film et le téléfilm, cette production originale Netflix a été diffusée sur le réseau américain… et récupéré en France par le groupe M6 par pour une diffusion salles obscures sous le titre Seven sisters. Il a fallu que je filoute pour voir un programme qui aurait du tomber naturellement dans l’escarcelle de mon abonnement.

Pour résumer, Netflix bouscule sacrément la donne sur le mode de consommation des images. L’interface est agréable et hyper responsive, le marketing department fait un travail remarquable sur les vignettes. Et il y a du volume, pour un prix modique. Le vrai bémol, toujours le catalogue de films. Les Y/Z sont au chaud, via programmes originaux, séries Marvel et mangas, mais passé 40 ans : rien.

Ces jours-ci, Canal+ lance une offre Start, fer de lance de la reconquête des abonnés perdus. Et Netflix d’investir 500 millions de dollars sur 5 ans dans la production Canadienne. C’est sur que la poutine wave avec Denis Villeneuve et Jean Marc Vallée en tête, c’est un tout petit peu plus excitant que notre cinéma national, dont j’attends toujours le sursaut.

A suivre.

Des jours sans nuit
Octobre 2017

Lectures

« Netflix, ami ou ennemi du cinéma ? » in Mediakwest – Pascal Lechevallier. 05.10.2017 :
http://www.mediakwest.com/dossier-a-la-une/item/netflix-ami-ou-ennemi-du-cinema.html

« La VOD décolle en France » in Le Monde, 30.11.2016.
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/11/30/la-video-a-la-demande-decolle-en-france_5040800_3236.html

« Pourquoi nous sortons Welcome To New York sur Internet », Vincent Maraval et Brahim Chioua in Le Monde, le 17.04.2014 :
http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2014/04/17/pourquoi-nos-sortons-welcome-to-new-york-sur-internet_4403565_766360.html

« Netflix augmente ses tarifs », in 20 minutes, 06.10.2017 :
https://fr.yahoo.com/news/netflix-augmente-tarifs-france-etats-195112151.html

« Netflix to invest 500 millions in original Canadian content », in Shifter :
http://www.shiftermagazine.com/film/netflix-canada

Une étoile


Photo : Isabelle Péan

Ca fait presque un an que la plume est sèche concernant Leonard. Par moment je le sens mais je n’ai pas le temps. Pas le temps de rendre justice à ce que je ressens, à ce qu’il faudrait dire, à ce que je comprends et surtout ne comprends pas. Leonard, c’est avec Jacques et Edith, la personnalité de la chanson m’ayant le plus marqué. D’une certaine façon je l’ai rencontré. J’aurai pu me battre pour que cela se produise mais en fait, il me parle directement depuis ses chansons. Après avoir vu Fanfan monter sur scène j’aurai pu éprouver de la jalousie. J’ai éprouvé de la joie. Je me suis dit « c’est très bien comme ça ».

Quand je comprends ce qu’il veut me dire, cela me procure un plaisir, une connivence indescriptible. J’ai l’impression que quelqu’un dit quelque chose à une personne. C’est de plus en plus rare et c’est même très troublant à ce niveau de parole. « Je t’ai vu changer l’eau en vin. Je t’ai vu transformer ce vin à nouveau en eau ». Le vin s’est bien tari en 2016, laissant mes jeunes années bien seules, bien révolues, une porte de pierre se refermant pour de bon sur elles.

Je ne sais pas par quel bout prendre la nouvelle. De toutes façons je ne l’ai toujours pas encaissée. Ca ne veut pas dire grand chose et en même temps c’est intimement lié.

Le dernier « album » ? En parler ça reviendrait à vouloir décrire le vent, le ciel, des choses immuables et tellement énormes qui n’ont pas besoin de nous. Quand tu termines ton oeuvre et ta vie sur un tel point d’orgue, l’éternité s’ouvre pour de bon. Johnny et Roy coiffés au poteau du last record standing.

Les dernières années ? Tout le monde a écrit que c’était pour l’argent. Sauf qu’aujourd’hui Leonard n’est plus et s’il s’est renfloué, c’est pour en faire profiter les siens. Et nous faire un sacré cadeau. A la lumière de ses dernières tournées, incessantes pour un homme aussi âgé, on comprend qu’il a jeté ses dernières forces dans le Coeur unifié, ainsi que ses derniers disques.

Son ultime et plus beau cadeau, c’est donc sa tournée. Son oeuvre est complète, réarrangée au même diapason : sa voix de sépulcre, son coeur d’éternel amoureux, son chant de croix, ses visions de prophète, ses caresses amères et ses flèches si douces. L’ancien paraissant étonnement nouveau. Les nouveaux textes incroyablement anciens. Il n’y a plus le premier ou le dernier Cohen. Il y a son oeuvre, d’une même couleur.

L’héritage ? Monstrueux. Allez faire un tour sur Youtube. Ecoutez bien ce qui va sortir. Mettez cote à cote Novembre de Houellebecq avec Night comes on. Procurez vous l’album cover de Yules. Allez voir « Feels so good » filmé par Albert Noonan. Et le premier Mojave, il vient d’où ?

On nous a survendu Dylan comme le poète officiel de sa génération. Attendez un peu que Facebook nous « explose à la tronche » (« Your private life will suddenly explose », 92). Vous verrez comment le chantre du boudoir, des peines secrètes et des apocalypses d’alcôve va reprendre la place qui lui est due. Tu as le prix nobel de notre coeur et ce depuis toujours et c’est tout ce qui compte. En 2008 j’ai vu tes fans les plus fidèles se présenter à l’Olympia et ça, je ne l’échangerai pour rien au monde. Que des couillons d’analphabètes en norvège ou ailleurs pissent contre le sens du vent et se couvrent de ridicule, ça les regarde.

Quand à sa façon de prendre de la distance avec la terre promise et « sa volonté », dans les derniers souffles, il fallait oser. Bravache, rapeux, superbe et frontal. Tu m’impressionnes. Ta courtoisie m’impressionne. Ton oeuvre c’est la poésie qui n’est plus. C’est pour moi le dernier refuge d’un monde civilisé.

J’ai aussi eu l’idée de vous faire un top 10. Mais vous êtes grands et on est pas chez Topito ici. Far from it. De toutes façons il faut tout écouter si on est un peu sérieux sur la chanson le rock et la poésie.

Maintenant tu gravis les marches de cette tour qui est la tienne. Tu es chez toi ici. Forcément tu nous manques. N’oublie pas de lui chanter tes chansons. Après tout c’est grâce à elle que j’ai fait ta connaissance.

Vous me manquez beaucoup. C’est difficile à encaisser. Mais la force de ta voix m’aide à passer ce cap. Et je sais que nous sommes nombreux maintenant. La chambre de mes 15 ans est loin, mais ta voix demeure. Bon anniversaire Leonard. Et merci pour tout ce que tu m’as apporté et apporte encore.

https://www.youtube.com/watch?v=C3ut6S7Hf68

Tu es partie, quelques mois plus tôt, sans te retourner sans même dire au revoir. Je n’ai pas eu de mot à dire. Je n’ai que des regrets. Et les souvenirs, tous, sont comme des 33 tonnes sur mon coeur ratatiné. D’une certaine façon tu as été mon premier amour. Mon modèle de femme. Pour moi rien ne t’arrive à la cheville, pas moins aujourd’hui qu’hier. C’est toi qui m’a emmené où je suis aujourd’hui, ta vieille table dans notre cuisine, ta voix qui m’invite à mettre le disque en 93. A emprunter ses livres à la bibliothèque municipale de Saint Denis. Puis tu m’accompagnes à la Sorbonne pour les résultats de première année. Les rues sont vides, il n’y a que nous deux, c’est la toute fin de l’été. Ca passe. C’est toi ma bonne note. Mon inspiration. Plus tard j’écris ton nom dans mon mémoire sur Leonard. Nous deux sur des marches froides : tu fais l’aller retour à ta pause déjeuner pour m’en imprimer les pages. Ta présence au coeur de ma passion pour Cohen éveille la curiosité du président de l’université. La note qu’il m’en donne m’ouvre les portes du Celsa. Leonard, toi et George. De cette histoire de Lettres écrite quatre mains, je suis le dernier témoin…

Plus tard encore je te dis qu’une grande productrice vient à Paris. Tu me dis d’en être. De foncer. Ca marche. C’est cette interview et celle qui a suivi qui m’a fait retrouver TF1 et donné un travail que j’aime aujourd’hui, même s’il faut encore que je demande la permission pour écrire une ligne.

Je te reprochais intérieurement de ne pas m’avoir assez aidé, alors que chaque injonction a été décisive pour la suite. Cela a simplement pris du temps. Ca fait partie des choses que je ne peux effacer. Je ne peux pas revenir en arrière. Il y a des choses qu’on ne peut pas changer. Que l’on ne peut réparer.

Je ne sais pas si j’ai reçu ton message, ou alors on me l’a volé. J’ai surement été sourd. J’étais désarçonné. Je m’en remettais à Papa et Maman. A ton petit garçon. Au ciel de provence. Tu me parles parfois la nuit. J’essaye, avec mille trains de retard, de te réconforter. Comme j’aurai voulu le faire si je n’avais pas été aussi préoccupé. J’aurai voulu être plus fort. S’il te plait donne moi la force, de mieux regarder, de mieux comprendre, de ne pas refaire les mêmes erreurs. De ne pas me laisser malmener au point de négliger les gens que j’aime. Je croyais connaître le goût de la pluie, sauf qu’aujourd’hui il pleut des tombes. Ma famille me manque tellement par moment. Tu me manques tout le temps. Je ne suis pas venu cet été, il fallait que je fasse une pause. Je sais que tu ne m’en veux pas. Depuis un an les jours sans toi, sont comme des jours sans nuit. Christine vient de m’interrompre. Elle a le don pour ça. Elle me parle d’une note d’espoir. Tu vas être tata.

Ton frère qui t’aime.

America – Ginsberg 56

America.
America je t’ai tout donné et maintenant je ne suis rien.

America 2 dollars et 27 cents 17 janvier 1956.
Je ne supporte plus mes pensées.
America quand arrêterons nous la guerre humaine ?
Va te faire foutre avec ta bombe atomique.
Je ne suis pas dans mon assiette arrête de me chercher je n’écrirai pas mon poème avant d’avoir retrouvé mes esprits.

Quand seras tu angélique ? Quand te débarrasseras tu de tes vêtements ? Quand assumeras tu un regard sur tes tombes ? Quand mériteras tu ton million de Trotskistes ?

America, pourquoi tes bibliothèques sont elles remplies de larmes ?
America quand enverras-tu tes oeufs en Inde ?
J’en ai marre de tes exigences impossibles : quand pourrais je me rendre dans un supermarché et me procurer ce dont j’ai besoin avec ma belle petite gueule ? America après tout c’est toi et moi qui sommes parfaits pas le prochain monde.

Tes rouages sont trop lourds pour moi. Tu as fait en sorte que je veuille devenir un saint. Il doit bien y avoir un autre moyen de régler cette dispute.

Burroughs est à Tanger je ne pense pas qu’il rentrera tout cela est glauque.
Es-tu glauque ou est ce une sorte de mauvaise blague ? J’essaye d’en venir au fait. Je refuse d’abandonner mes obsessions America arrête de me chercher je sais ce que je fais. America les prunes tombent de l’arbre je n’ai pas lu les informations depuis des mois chaque jour quelqu’un passe au tribunal pour meurtre.

America je suis ému par le sort des Wobblies.
America autrefois j’étais communiste quand j’étais petit et je n’en suis pas désolé.

Je fume de l’herbe dès que l’occasion se présente.
Je m’assois dans la maison pendant des jours et regarde les roses sur le mur du placard. Chaque fois que je vais à Chinatown je me saoule et ne m’envoie jamais en l’air.

J’ai pris ma décision il va y avoir des problèmes.
Tu aurais du me voir quand je lisais Marx.
Mon psy pense que je vais parfaitement bien.
Je ne dirai pas la prière du seigneur.
J’ai des visions mystiques et reçois des vibrations cosmiques.
America je ne t’ai toujours pas dit ce que tu avais fait à Tonton Max après qu’il soit venu de Russie.

C’est à toi que je cause.
Vas-tu laisser notre vie privée dominée par Time Magazine ?
Je suis obsédé par Time Magazine. Je le lis chaque semaine. Sa couverture me fixe obstinément à chaque fois que je passe le coin de la boutique de bonbons.
Je le lis au sous-sol de la Bibliothèque publique de Berkeley.

Ca me parle toujours de responsabilité. Les hommes d’affaire sont sérieux. Les producteurs de cinéma sont sérieux. Tout le monde est sérieux sauf moi.

Il me vient à l’idée que je suis toi.
Ca y est je me parle à nouveau.

L’Asie se monte contre moi.
Je ne donne pas cher de mon biscuit Chinois.
Je ferais mieux de considérer mes ressources nationales.
Mes ressources nationales consistent en deux joints d’herbe, des millions de quéquettes, des pans impubliables de ma vie allant à 2000 km/h et vingtcinqmille asiles psychiatriques.

Je passe sous silence mes prisons ainsi que des millions de gens pauvres vivant dans mes pots de fleur sous la lumière de 500 soleils.

J’ai déjà aboli les bordels en France, Tanger est sur ma liste.
Mon ambition est de devenir Président malgré le fait que je sois catholique.

America,  comment écrire une glorieuse litanie en accord avec ton humeur idiote ?
Je vais continuer comme Henry Ford mes strophes sont aussi individuelles que ses automobiles et bien plus elles sont toutes de sexe différents.

America je te vendrai des strophes 2500 dollars pièce 500 de moins que sur ton ancienne strophe.
America libère Tom Mooney.
America sauve les partisans Espagnols.
America Sacco et Vanzetti ne doivent pas mourir.
Je suis les gars de Scottsboro.

America quand j’avais 7 ans moman m’a emmené à une réunion de communistes ils nous ont vendu des pois chiches plusieurs par ticket un ticket coûte un nickel et les discours étaient libres tout le monde était angélique et concerné envers le sort des ouvriers tout cela était si sincère tu n’as pas idée à quel point le parti était bon en 1835 Scott Nearing était un grand et vieil homme un vrai bonhomme Maman Bloor m’a fait pleurer une fois j’ai même vu Israel Amter de mes yeux. Tout le monde devait être un espion.

America tu ne veux pas vraiment entrer en guerre. America ce sont ces fichus Russes. Ces Russes, ces Russes et aussi ces Chinois. Et ces Russes. La Russie veut nous dévorer vivants. La Russie est avide de pouvoir. Elle veut nous soutirer nos voitures de nos garages. Elle veut faire main basse sur Chicago. Elle a besoin d’un Readers Digest rouge, elle veut déporter nos usines automobiles en Sibérie.

Lui vouloir une bureaucratie à la source de nos stations essence. Ce n’est pas bon. Huh. Lui vouloir apprendre à lire aux Indiens. Lui a besoin de nègres noirs et costauds. Aaah. Elle veut que l’on travaille 16h par jour. Au secours !

America c’est vraiment grave.
America quand je regarde la télévision j’ai une drôle d’impression. America est-ce bien toi qui me parle ?

Je ferais mieux de m’y mettre.
C’est vrai je ne veux pas me retrouver dans l’Armée ou tourner des écrous à la chaîne, j’ai la vue courte et suis d’humeur psychopathe de toute façon.

America je mets ma main gay à la pâte.

Des Jours sans Nuits – 2016
Traduction Sylvain Thuret

And the band kept playing on

romero35.jpg
La disparition de George Romero la semaine dernière mérite plus qu’un tweet. Si en 2011 j’ai eu l’immense joie d’interviewer Joe Dante dans le cadre du Festival d’Amiens, l’idée de faire de même avec John Carpenter et George Romero demeurait un doux rêve, ces 3 là ayant formé la Face B du « Nouvel Hollywood ». Mais les années passent et, comme on nous le rappelle un peu trop cruellement ces temps-ci, « les soleils meurent aussi ». 

Pétri de défiance à l’égard des institutions et doté d’un regard acéré sur la société contemporaine, George Romero a révolutionné le cinéma en faisant, dans le cadre du genre, un portrait saisissant de nos moeurs. Si John cache son humanité sous une colère tellurique – certainement le moins rigolo des trois à l’écran -, Joe, plus tendre, jette pourtant des traits tout aussi acides tandis que George, avec son regard aimant, représente une synthèse de ses deux frères de cinéma. Capable de manier l’humour potache, l’horreur tantôt glaçante tantôt cartoon et offrant un constat critique que n’aurait pas renié Debord sur l’évolution des moeurs sociales, politiques et médiatiques, il était capable de poser, en un même élan, une gueulante aussi puissante que John, tout en conservant un regard doux amer. En hommage, je re-publie ici mon second texte sur le maître, datant de 2007.

Land of the Dead : le feu d’artifice Romero

Dans Land of the dead, dernier film en date de la saga Romérienne, long déclin de l’empire américain s’étalant sur 40 ans, l’action se situe dans une gated city, telle qu’on en trouve de nos jours aux Etats-Unis. Tout autour, les zombies, comme autant de figures de l’autre, du pauvre, du sdf, du minoritaire et du pastiche de l’american society, occupent l’ensemble des terres dévastées. 

Ciment spectaculaire de l’unité nationale, le feu d’artifice est désormais employé par les humains à des fins stratégiques, pour ralentir la progression des zombies. Comme on jetterait du jeu et du pain à la plèbe. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du cinéaste : distribuer son discours sur les différentes figures peuplant ses films, loin des polarités manichéennes.

Dire beaucoup avec une simple image est l’apanage des plus grands cinéastes. En choisissant le motif d’un spectacle national comme artifice, Romero critique la machine à rêve et les institutions.

Une première fois, le stratagème des survivants se révèle efficace, les zombies levant les yeux vers le ciel comme à la parade. Le ciment national est alors mis à mal, non sans une certaine roublardise. La seconde fois, contre toute attente, la poudre aux yeux ne fonctionne plus.

« (…) dans un fantastique coup de cinéma, un des zombies baisse la tête, puis les autres l’imitent. (…) Leur évolution a maintenant atteint le stade où ils ne sont plus dupes de cette petite mise en scène. (…) Le récit de Romero, lorsqu’il opère un renversement aussi total et aussi fort, s’aligne sur les opprimés qui sont suffisamment intelligents pour prendre et exercer le pouvoir »*. 

Il devient clair à cet instant précis que les zombies, c’est nous, gogos que l’on tente de gaver de mirages… mais à qui on ne peut la faire indéfiniment.

Au moment du grand final, quand la diligence quitte la ville avec à son bord un petit groupe de survivants, les derniers feux sont utilisés sans raison apparente. C’est pourtant la dernière image du film. Le geste est flamboyant, renvoyant la machine Hollywoodienne et son souci permanent du contrôle et du Happy End à sa dimension la plus commerciale.

Le zombi qu’il faudrait distraire avec ce dernier plan satirique, c’est le spectateur, habitué à une escalade d’artifices, et ce au détriment du sens. Sommes nous dupes ou complices ? Etre complice de Romero c’est comprendre exactement la place et le sens de ces images là, qui parsèment et fondent le sel de tout son cinéma. Et des images de cette force, il y en a un paquet dans sa filmographie.

Toute sa colère et son intelligence revancharde s’exprime ici, au travers d’une image finale qui semble être un détail… et qui n’en est absolument pas un. Pour moi ce plan final exprime clairement l’ironie du réalisateur, qui se sait coincé dans une économie qui ne veut pas encourager les esprits. Cette image dit « voici l’état de notre monde, j’espère que vous avez aimé le pop corn ». Il est évident que cette acuité manque au cinéma actuel. Un cinéma de pure exploitation commerciale qui semble lui avoir tout repris, sauf son essence même : un regard d’une intelligence folle. So long George.

*Adrian Martin, in Politique des zombies : l’Amérique selon George A. Romero,
coordonnée par Jean-Baptiste Thoret.

S.T. / A.T.

Notes sur Okja

19883954_10213776134257983_451707179764193612_n.jpg

No Totoro
La dernière fable de Bong Joon-ho compare in fine l’impérialisme US au nazisme (le petit porcelet que ses parents font échapper de l’abattoir), retourne et prolonge à la fois les motifs de The Host (la petite fille était prisonnière de la bête, motif de l’occupant américain) et, comme à l’habitude de son réalisateur, le ton évolue avec une facilité déconcertante : de Belle et Sébastien, on passe à la pantalonnade écologiste sur le mode 12 Monkeys pour finir sur No Logo. Le début est formidable et family friendly, avec une photo superbe et un cadrage d’une grande fluidité, le milieu plan plan et la fin glaçante, loin du bucolisme initial.

Ces cochons de Netflix
Concernant la « chronologie des médias » aujourd’hui complètement obsolète, voir un film aussi vif débouler immédiatement sur Netflix est assez réjouissant.

Cela fait 2 mois et demi que j’attends la dispo de la dernière comédie de Ridley Scott, à savoir Alien Covenant. Je suis prêt à payer pour ça mais quelqu’un a décidé, quelque part, que euh, il fallait attendre. Attendre. J’ai beau être un « Xennial », selon la dernière nomenclature en vigueur, ayant attendu des années la sortie de films eighties au vidéoclub de mon quartier, pas sûr que dans 6 mois je sois encore disposé à payer la somme que je suis prêt à mettre en ce week-end du 14 juillet. Idem pour le dernier James Gray, que j’achèterai de toute façon en blu-ray.

On a passé un cap il y a 17 ans avec l’effondrement des tours. Mais ça, certains ne l’ont pas encore bien digéré. Economiquement parlant, si ce n’est pas disponible tout de suite sur le digital, c’est mort, dead, over cramé. Perte de business. Perte de temps, perte d’intérêt. Quand je vois Logan débouler sur des canaux payants plus d’un mois après la dispo du RIP HD, j’ai l’impression qu’on me refile un rerun moisi de Madame est servie. C’est aussi ça la roublardise d’Okja et de sa mise à disposition immédiate sur le marché. Le cochon, c’est le film lui même, que l’on va chercher en Corée pour faire « global », pour faire auteur, pour faire cool (choisissez l’adjectif qui convient le mieux). Complice comptable de cette gentille et parfois mordante critique, Netflix compte là dessus pour développer son attractivité en titillant le désir de digital coolitude des Y et des Z. Parce que globalement, on est en 2017. Et comme dans The Host et Snowpiercer, le film se termine en demie teinte sur la mort de plusieurs et la naissance d’un seul.

S.T.

En marche ou crève

The-Long-Walk.jpg

En rumeur, l’adaptation de l’un des premiers romans de Richard « Stephen King » Bachman accompagne la déferlante de sorties cinéma et TV basée sur l’oeuvre du maître.

Actuellement sur les petits écrans, Stranger Things citait, à minima, 4 figures clés de la teen culture 80’s : Steven Spielberg (ET), John Carpenter (The Thing), Joe Dante (Explorers) et Stephen King (The Body, aka Stand by me au cinéma). Et c’est vrai que l’auteur horrifique a plus que jamais le vent en poupe.

Après l’adaptation télévisuelle d’Under the Dome et 22.11.63, pas moins de 7 projets majeurs sont annoncés :
The Dark Tower : Akiva Goldsman à la production, tu auras peur ;
– It : Cory Fukunaga a jeté l’éponge et le setting fondateur des sixties, soit l’enfance de King, n’est pas respecté. Donc ça aussi ça fait très peur ;
Une nouvelle adaptation TV de The Mist en série : d’après la longue nouvelle Brume en Français, variation sur le thème du Dawn of the Dead de Romero (lui même variation du Masque de la mort rouge de Poe) et déjà adaptée pour le cinéma par Frank Darabont MAJ 14.07.2017 : AVOID! ;
Mr Mercedes : David « Ally McBeal » Kelley est listé, après sa présence au générique de 22.11.63. J’ai aperçu des images. Noir, sans concession. Intéressant ;
The Talisman : annoncé comme étant produit par Amblin Television. Donc les petites mains de Spielberg seraient de la partie. Ca fait très longtemps je crois que Spielberg a dit son intérêt pour ces deux romans écrits à 4 mains avec Peter Straub.
The Stand, annoncé également.

L’été de mes 13 ans j’ai eu à choisir entre Ca/It et Marche ou crève (The Long Walk). J’ai choisi Ca. 25 ans plus tard, je profite d’un week end de trois jours pour enfin me mettre En marche. Je découvre l’une des oeuvres les plus passionnantes de King. Dans un avenir indéterminé et totalitaire, des jeunes gens s’inscrivent de leur plein gré à une marche annuelle, encadrée par l’armée américaine et retransmise à la télévision. Ils sont une centaine à avoir été sélectionnés. Agés de 14 à 20 ans, l’ennui, la défection parentale ainsi qu’un mélange de défiance et de croyance premier degré en La Marche semblent être leur seule raison d’être là. Dès que l’un deux s’arrête à plus de trois reprises, il est sommairement exécuté.

Bien que l’histoire épouse le cheminement d’un seul personnage, King fait émerger une bonne dizaine de portraits, sans crier gare et sans effort. Pas de description à rallonge, pas de cliffhanger lourdingue avec dénouement 3 chapitres plus loin  (une scorie chez lui). Juste une ligne droite, une étude de caractères, une critique coupante du draft. Ce roman jumeau de The Running Man, qui à la base narrait la traque d’un everyday man poursuivi à travers tout le pays, porte en lui le sentiment de défiance contre-culturelle de son époque.

Critique de la société du spectacle, critique des corps d’état, critique des autorités : ces deux romans de jeunesse disent toute la défiance envers le monde des adultes et d’une façon plus large, la conduite de leur pays.

On pense à la demonstration de Kent state, qui le 4 mai 70 s’est terminée dans un bain de sang. On pense aux films de genre Eco-Sociaux de l’époque – Rollerball, Soylent Green, Silent Running – et à leur pendant potache, le Deathrace 2000 de l’écurie Corman.

Cette contre culture première main chez King, s’est quelque peu diluée dans le grand guignol dans des années 80. En 1986 dans ItKing juxtapose son enfance dans les années 60 avec le present era des années Reagan. Ce Ronald McDonald de foire qui dévore les enfants, ne serait-il pas lui aussi la twisted figure de l’Oncle Sam ?

Dans l’attente de voir une adaptation filmée, qui pourrait donner une oeuvre sèche remettant la teensploitation à sa place, ce roman figure selon moi aux côtés du meilleur de King, à savoir The Gunslinger et Salem’s Lot.

S.T.