En marche ou crève

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« They brought death to my hometown ».
Bruce Springsteen

En rumeur, l’adaptation de l’un des premiers romans de Richard « Stephen King » Bachman accompagne la déferlante de sorties cinéma et TV basée sur l’oeuvre du maître.

Actuellement sur les petits écrans, Stranger Things citait, à minima, 4 figures clés de la teen culture 80’s : Steven Spielberg (ET), John Carpenter (The Thing), Joe Dante (Explorers) et Stephen King (The Body, aka Stand by me au cinéma). Et c’est vrai que l’auteur horrifique a plus que jamais le vent en poupe.

Après l’adaptation télévisuelle d’Under the Dome et 22.11.63, pas moins de 7 projets majeurs sont annoncés :
The Dark Tower : Akiva Goldsman à la production, tu auras peur ;
– It : Cory Fukunaga a jeté l »éponge et le setting fondateur des sixties, soit l’enfance de King, n’est pas respecté. Donc ça aussi ça fait très peur ;
Une nouvelle adaptation TV de The Mist en série : d’après la longue nouvelle Brume en Français, variation sur le thème du Dawn of the Dead de Romero (lui même variation du Masque de la mort rouge de Poe) et déjà adaptée pour le cinéma par Frank Darabont ;
Mr Mercedes : David « Ally McBeal » Kelley est listé, après sa présence au générique de 22.11.63. J’ai aperçu des images. Noir, sans concession. Intéressant ;
The Talisman : annoncé comme étant produit par Amblin Television. Donc les petites mains de Spielberg seraient de la partie. Ca fait très longtemps je crois que Spielberg a dit son intérêt pour ces deux romans écrits à 4 mains avec Peter Straub.
The Stand, annoncé également.

L’été de mes 13 ans j’ai eu à choisir entre Ca/It et Marche ou crève (The Long Walk). J’ai choisi Ca. 25 ans plus tard, je profite d’un week end de trois jours pour enfin me mettre En marche. Je découvre l’une des oeuvres les plus passionnantes de King. Dans un avenir indéterminé et totalitaire, des jeunes gens s’inscrivent de leur plein gré à une marche annuelle, encadrée par l’armée américaine et retransmise à la télévision. Ils sont une centaine à avoir été sélectionnés. Agés de 14 à 20 ans, l’ennui, la défection parentale ainsi qu’un mélange de défiance et de croyance premier degré en La Marche semblent être leur seule raison d’être là. Dès que l’un deux s’arrête à plus de trois reprises, il est sommairement exécuté.

Bien que l’histoire épouse le cheminement d’un seul personnage, King fait émerger une bonne dizaine de portraits, sans crier gare et sans effort. Pas de description à rallonge, pas de cliffhanger lourdingue avec dénouement 3 chapitres plus loin  (une scorie chez lui). Juste une ligne droite, une étude de caractères, une critique franche et coupante du draft pour la guerre Vietnam. Ce roman jumeau de The Running Man, qui à la base narrait la traque d’un everyday man poursuivi à travers tout le pays, porte en lui le sentiment de défiance contre-culturelle de son époque.

Critique de la société du spectacle, critique des corps d’état, critique des autorités : ces deux romans de jeunesse disent toute la défiance envers le monde des adultes et d’une façon plus large, la conduite de leur pays.

On pense à la demonstration de Kent state, qui le 4 mai 70 s’est terminée dans un bain de sang. On pense aux films de genre Eco-Sociaux de l’époque – Rollerball, Soylent Green, Silent Running – et à leur pendant potache, le Deathrace 2000 de l’écurie Corman.

Cette contre culture première main chez King, s’est quelque peu diluée dans le grand guignol dans des années 80. En 1986 dans ItKing juxtapose son enfance dans les années 60 avec le present era des années Reagan. Ce Ronald McDonald de foire qui dévore les enfants avec de grands élans d’hémoglobine, ne serait-il pas lui aussi la métaphore d’un pays sacrificiel ?

Dans l’attente de voir une adaptation filmée, qui pourrait donner une oeuvre sèche remettant la teensploitation à sa place, ce roman figure selon moi aux côtés du meilleur de King, à savoir The Gunslinger et Salem’s Lot.

S.T.

Un américain parapluie

C94iwXoXoAEp45D.jpgC’est un amoureux intransigeant de Jazz. Elle est apprentie actrice. Ils se rencontrent un soir dans la Cité des Stars…

La la land de Damien Chazelle s’impose comme un film générationnel fort, au même titre que Drive dont il partage la principale vedette masculine. Comédie romantique teintée de Musical et d’amour impossible, le film se veut le miroir d’un monde culturel où tout cohabite : la comédie musicale US, sa ré-interprétation Made in France, le Jazz, une reprise de Ah ah et les smartphones. Tout semble se mélanger de façon fluide. C’est en apparence la célébration de notre époque Spotify-Google

Sauf que lui veut sa cave de jazz et le mystère d’une musique secrète, au coeur de la nuit Noire et appréciée d’une poignée de plus en plus clairsemée de mélomanes. Tandis qu’elle veut les paillettes d’une vie riche et superficielle. Bref entre eux, c’est le jour et la nuit. Au delà du discours sur le show Vs business, qui fait régulièrement le sujet à peine caché de certaines oeuvres US, il y a bien quelque chose qui ne fonctionne pas entre eux et dans ce monde apparement si fluide et idyllique. A la communauté amoureuse, le film oppose l’individualisme.

Les regards de chien battu de Gosling, l’alchimie parfaite avec sa partenaire, la sublime Emma Stone repérée il y a déjà 10 ans dans Superbad, le travail sur les couleurs, les musical numbers, la façon de capter la nuit… Après le gentillet-mais-faut-pas-pousser Whiplash, qui disait l’amour du Jazz mais peinait à faire vivre « un monde autour », Chazelle cristallise ici, au delà d’une rencontre désenchantée, l’agrégat culturel de notre époque. Ce monde là, le film le dessine aussi bien qu’il le questionne. Dans les années 70 et 80, la culture et le cinéma étaient encore des questions sociales centrales. Il fallait se battre pour ne pas rester KO. Et selon ce que l’on choisissait, Johnny Cash ou Halliday, Mozart ou Sheila, tendait à vous définir au sein du groupe. La culture était une quête en soi. Aujourd’hui, tout est virtuellement accessible mais le savoir et le partage n’est plus la question. C’est pour moi le message sous-jacent de La la land.

Après la déception Marc Webb, la disparition de Craig Brewer, le meh Baumbach et en attendant de revoir Dunham post Girls,  Chazelle trouve toute sa place, avec Jake Paltrow et JC Chandor, sur mon radar US.

S.T.

A voir

Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy, 1964.

Singing in the Rain, Stanley Donen & Gene Kelly, 1952.

United Airlines, Take me along, Michael Cimino, 1967.
500 Days of summer, Marc Webb, 2009.
The Fabulous Baker Boys, Steve Kloves, 1989.

Photo didacte : l’histoire de Vivian Maier

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OCS diffuse en ce moment le film dédié à Vivian Maier, photographe franco-américaine qui connaît aujourd’hui une reconnaissance posthume.

Du still à revendre
Habitué des brocantes et ventes aux enchères, John Maloof a le pif et la bonne fortune de faire l’acquisition de simples boites en carton. Qui contiennent un morceau de notre histoire contemporaine.Ces cartons appartiennent à une photographe, Vivian Maier, restée dans l’ombre toute sa vie. Maloof en remonte le fil, et les bobines. D’origine française, elle travaille comme nounou et au cœur des années 50 et 60 évolue notamment entre Chicago et New York. Une activité qui lui permet d’organiser son temps et ses journées avec un minimum de contraintes financières. De foyer en foyer, elle en profite ainsi pour arpenter les rues, mais aussi le monde entier.

Des histoires de la rue à l’intimité de Phil Donahue, en passant par les visages et paysages de Saint-Julien-en-Champsaur en France, Vivian a témoigné de son temps, pour mourir seule, en 2009, dans l’indifférence de ceux qui la voyaient comme une vieille fille excentrique, quelque peu acariâtre. Soit 40 ans d’instantanés au cadre tétanisant de précision et de beauté, dont les sujets sont les fruits d’un éphémère urbain aujourd’hui disparu.

Les questions affleurent. Comment a t’elle pu prendre toutes ces photos sans être inquiétée ? Au début des années 50, cette grande gigue aux traits anonymes, tenant un petit boîtier noir au niveau du bassin, n’inspirait visiblement pas la méfiance de ses contemporains. Sa taille explique potentiellement la tenue de son cadre, régulièrement entre contre plongée et plan américain. Kubrick a fait la carrière que l’on sait sur une première expérience photographique pour Life. Qu’elle collectionnait entre autres newspapers du sol au plafond…

Il y a quelque chose d’émouvant à découvrir aujourd’hui, par le travail et l’opiniâtreté de John Maloof, cette identité à la fois forte et discrète. Une identité qui questionne nos choix, notre regard et notre consommation des images, qui chaque jour cartographie chaque parcelle individuelle pour un oubli collectif immédiat.

Magnifique perdante
Après Sugar Man en 2012, néo-docu qui remettait en scène le talent oublié de Sixto Rodriguez, Finding Vivian Maier rend hommage à une nouvelle figure déterminante de notre passé immédiat. Cette archéologie néo-retro qui préoccupe également l’univers du jeu vidéo, semble quelque peu bousculer l’histoire officielle de la photographie. Maloof fait en effet état des premières réactions négatives d’institutions US comme le MOMA, rebutées à l’idée d’exposer une inconnue.

L’ironie de cette présente diffusion sur OCS : une expo dédiée au travail de Walker Evans se tient actuellement à Beaubourg. Au delà des efforts de son village maternel, et de premières expositions de galeristes, la reconnaissance officielle, comme souvent en France, tarde à venir. Afin de partager ce travail fascinant d’archéologie contemporaine, Maloof a sué sang et haut. Montant un premier blog aux réactions enthousiastes, puis une exposition, puis ce film en 2013, Finding Vivian Maier… Tout en développant le travail titanesque de l’artiste et enquêtant sur sa vie secrète et sinueuse.

Ce morceau de bravoure a trouvé ses racines en marge des institutions. Film documentaire en clair obscur, déclaration d’amour à la photographie et aux histoires de la rue,  Finding Vivian Maier est un diamant que les amoureux des images doivent porter en étendard.

S.T.

Site officiel Vivian Maier
http://www.vivianmaier.com/

Association du Champsaur
http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr/

Finding Vivian Maier, de John Maloof et Charlie Siskel (2013),
actuellement sur OCS.

Le glossy glossaire du gameur

Dans une galaxie far away j’avais entrepris la rédaction d’un glossaire jeu vidéo pour MO5.com. Le reprendre et le mener à bien fait partie des projets de ce site. Work in progress.

– D –


Damien Croze
Apostrophe sur le ton de la parodie les tenants de la boutique du jeu vidéo sur Twitter. Inactif depuis un bail. Me fait bien rire. Appartient à la catégorie des fake experts, qui pullule depuis quelques temps (feu VeuxJideo, mais aussi le Gorafi). Quand le faux se confond avec le vrai, tous aux abris.

Destiny

Quoi tu aimes les jeux vidéo et tu connais pas Bungie, non mais Halo quoi.
Bungie est connu pour avoir adapté le modèle Doom sur Mac avec la série Marathon, au design SF un poil plus raffiné. Et très connu pour avoir été choisi par Microsoft pour faire de leur nouveau jeu en développement, Halo, initialement prévu sur MAC, le fer de lancement de leur console Xbox. Un gros jeu, pour une grosse console, avec une grosse manette, pour les gros américains. Et il faut dire qu’au milieu de cet Halo de connerie légèrement fat et fluo (les ennemis, jamais compris leur style insupportable), se trouvent des trésors en terme de design et d’ambiance. Pour ma part j’avais surtout été marqué par les caves du début, et les bâtiments aussi imposants qu’épurés. Le mystique côtoyait le crétin et c’est précisément ça qui fonctionnait. Ca et la mitraillette dont on voyait le nombre des douilles descendre à zéro comme dans ce bon vieil Aliens. Après avoir épongé du Halo en veux tu en voilà, Bungie a laissé son FPS pour en développer un autre auprès d’Activision. Destiny, sorti il y a genre un an au moment où je vous raconte ceci, aurait été plus ou moins bien accueilli à sa sortie, la faute à un soit distant manque de contenus et d’histoire (les vrais parlent de pain de campaign). Je fusse donc rebuté à l’idée de m’adonner au nouveau jeu réussi mais pas trop d’une bande de types ayant commis la vacuité Haloesque. Et vlatipa qu’une édition améliorée (les vrais disent GOTY, contraction de Gotham City, la ville de Superman) sort et que la presse plus ou moins spécialisée s’emballe à coups de « Ils ont corrigé les défauts de la première heure ». Et puis là je me suis dit « bon la jaquette originale du loup solitaire interstellaire avec sa pétoire de l’espace qui s’infiltre en mode Ghost pour ravaler la gueule des pirates cosmiques, elle a fait son chemin dans ma tête ». J’avais raté Borderlands et l’aura mystique des vidéos que j’avais vu trainer, redoublée des accolades de Chronicart et de gens bien élevés, m’ont décidé à la prendre à pas trop trop cher. Et là mes enfants, waouw : ça faisait longtemps que je ne m’étais pas éclaté comme ça. Depuis exactement Crackdown, voire Diablo. Ce jeu est fin, ce jeu est beau. Ce jeu est addictif. Putain mais qu’est ce que c’est beau. Le design des décors et des mondes font partie de ce que j’ai vu de plus beau depuis 1985, année où j’ai probablement tâté mon premier jeu. Le goût prononcé de Bungie pour la SF s’étale au grand jour. On retrouve les motifs présents dans Halo, comme l’AI qui vous sert de compagnon, et les aliens me semblent moins ridicules à dégommer. Mais la grande réussite, c’est d’avoir mélangé la recherche d’équipements plus poussés à la Diablo (les vrais disent le loot, comme dans « T’es belle ma looloot »), la présence de mages et démons démoniaques hérités de Doom/ Hérétic et la SF façon Mass Effect en terme de design architectural et de costumes. Je me fais un fix de 3 heures le week-end, je décroche. Et le week-end suivant, ce sont les retrouvailles. Les armes, les costumes, les décors sublimes, la nervosité et la fluidité de l’action (si vous perdez c’est que vous êtes mauvais, ou que le Crota là il me fait iech à m’envoyer ad patres, car tout répond au quart de tour et il est difficile de blamer l’interface et maniabilité du titre) : Bungie me donne le meilleur de Diablo, Doom, Mass Effect et Halo dans le même package, le tout avec des sessions de jeu pouvant être bouclées en 30 minutes si bobonne me presse de faire le ménage (le temps moyen pour réussir une mission du début du jeu). Descendre du mage surpuissant à coup de rocket launcher du turfu devait faire parti de mes fantasmes latents : je ne m’en lasse pas. Alors oui effectivement les mondes sont effectivement très grands pour ce qui s’y passe (des escarmouches en mode respawn, quelques trésors à trouver, mais pas grand chose de plus, peut être qu’Activision compte remplir ce bac à sable de plus belle  à l’avenir ?), mais ce qui semble manquer en terme de contenu est rattrapé par la beauté des décors et l’ingéniosité architecturale (on ne croise pas deux fois les mêmes couloirs d’une planète à l’autre) qui, et c’est un tout de force, FONT l’histoire et l’intérêt, bref la mystique du titre. Profiter des décors de Destiny, c’est comme si vous voyez enfin avec vos yeux de gamer ce dont parle Roy à la fin de Blade Runner : c’est magnifique et évoluer dans cet environnement pour y buter du streum est un privilège. Quelques semaines avant je jouais rapidement à Battlefront et si la partie vaisseaux m’a bien plu et que la technique est impeccable, il est très très clair que Destiny renvoie Dark Vador ravaler son sabre. Destiny, c’est un peu Avalon en vrai. Le fait d’y croiser d’autres joueurs, un peu comme dans Journey ou Demon’s Souls, laisse entrevoir un avenir assez proche où chacun restera cloué sur le canapé, la tête vissée sur son casque, pour vivre ensemble de sidérantes aventures numériques.

– G –


Game Hunting
C’est un fait assez triste : la fenêtre de commercialisation d’un titre est relativement courte, en moyenne de 6 mois à 1 an. Plus pour certains titres portant la signature de Nintendo ou Sony, recyclés en édition « Best seller ». Se constituer une ludothèque digne de ce nom de nos jours devient un challenge intéressant, y compris pour des jeux récents. Ainsi la chasse aux jeux est un sport qui s’est affirmé, en réponse à la masse d’informations consacrée aux anciens titres et à l’histoire du jeu vidéo sur le web. L’initiative (mais aussi l’espoir du gain et de la célébrité geek) ont poussé certains à recenser les qualités de titres passés sous le radar de leur époque, faute de marketing, de localisation ou d’esprits suffisamment matures. Sans oublier les titres faits à la maison (homebrew), les reproductions et j’en passe.

Il existe plusieurs types de chasseurs collectionneurs :

Le completist s’amuse à rassembler les full set d’une console ou d’un ordinateur, c’est à dire l’ensemble des titres officiellement produits pendant la durée d’exploitation d’un système. Là où l’exercice devient particulièrement tricky, c’est lorsque le completist va jusqu’à collecter, au choix : les jeux qui ne sont pas sortis dans son pays de résidence ; les différentes éditions d’un même titre ; les versions presse, les titres sortis après la « mort » du système, dont les titres homebrew évoqués plus haut.

Celui qui achète ce qui n’est pas cher par rapport au prix du neuf, en se disant qu’il fait une bonne affaire. Il court les soldes, les brocantes en se disant « ah ah je suis trop fort ». L’idée qu’il se fait de la « remise » est assez cocasse, sans parler de son rapport au contenu même de ce qu’il achète et du caractère inexistant de ses choix.

Il y a le cramé des éditions « collector ». Les éditions que l’on nomme aujourd’hui collector étaient peu ou prou ce que l’on vendait autrefois sur ordinateurs : une grosse boîte cartonnée avec un visuel recherché, une notice épaisse de 400 pages racontant les méandres fictionnels de l’aventure proposée et deux trois bricoles sensées nous impliquer dans l’univers, comme une mini bande dessinée, des bibelots magiques en plastique, ou bien un papelard de codes anti piratage. Les boites d’antan ayant disparu au début des années 2000 au profit de casiers DVD aussi fins qu’impersonnels, cela a généralisé le retour de packaging volumineux… pour le marché console.  Pour avoir la même chose que ce que l’on avait hier, ou un peu plus, il faut payer le double. Et vivre dans un château pour stocker toutes ces merdes.

Il y a le collectionneur de raretés, en recherche des titres les plus rares au monde, ou les plus chers, ce qui va en général de pair.
#MetalSlug #UnJourViendra #TirageLoto

Il y a le collectionneur de grands jeux. Que les titres coûtent 5 euros ou la gourmette de mamie, il s’en fout un peu. Il voit ce qu’il peut se permettre. Il ne cherche pas à tout avoir, mais à voir et avoir ce qui lui plait et lui semble pertinent par système.

Il y a le collectionneur thématique. J’en ai croisé un l’autre jour sur Facebook qui se disait intéressé par tous les titres ayant un rapport avec le rock. Pour d’autres c’est le football, ou le flipper.

Il y a le collectionneur de titres produits par un studio spécifique, vouant à ces derniers un amour sans faille en reconnaissance de leur unique patte artisanale.

Il y a aussi le collectionneur déviant, qui s’amuse à collecter les jeux les plus pourris jamais sortis. Les nanards en quelque sorte : pochettes criardes, budget microscopique, sorties confidentielles, gameplay concocté par des handicapés, fautes de frappes sur la jaquette, catastrophes culturelles (comme les Chtis ou Johnny sur la Wii). Des trucs comme l’AVGN ont permis au « mauvais goût » de s’exprimer… et engendré cette espèce de pervers masochistes.

Il y a le fan d’une licence, qui va collectionner tout ce qui se rapproche peu ou prou à une marque, et pas seulement le jeu mais aussi les objets dérivés qui en découlent. Les accros Nintendo figurent parmi les plus hardcore de cette catégorie, leur attachement forcené étant aussi mignon qu’assez effrayant. Bien souvent le geek consomme plus qu’il ne réfléchit. Ce qui débouche sur les collectionneurs de trucs moyens pensés pour les Kévins.

Il y a bien sûr le collectionneur de machines / systèmes / consoles / ordinateurs. Attaché à la façon dont une marque a posé son hardware, son style, son ergonomie et ce que cet équipement dit de son époque en terme technologie et d’esthétique.

Voici les commandements du chasseur gamer :

– Connaître ses priorités.
– Attendre que Madame / Monsieur soit couché(e) pour aller sur Le Bon Coin. Moins il/elle en sait, mieux c’est.
– Le titre introuvable de demain est celui disponible aujourd’hui « au meilleur prix » avant qu’il ne disparaisse des étals. Savoir exactement quand et sur quel titre intervenir demande un flair particulier. Qui ne fonctionne pas toujours, comme pour ce Rule of Rose bradé 6 euros en neuf et dont la valeur actuelle est 10 fois supérieures.
– Toujours être à l’affût. En étant sur des forums où se discutent notamment les bonnes affaires, comme ceux de Gamekult par exemple, moins actif ces temps-ci mais qui m’a permis et de trouver des perles à l’occasion des soldes. Sachez par exemple que lorsqu’un jeu se vend mal, son prix chute, de plus en plus rapidement, souvent de moitié. Et il arrive que cela n’ait pas grand chose à voir avec leur qualité et attraits propres. Exemple récent : Mad Max. Certains disent qu’il est ultra répétitif, d’autres crient au génie atmosphérique. Le titre est passé de 60 euros à 33 euros en moins d’un mois de commercialisation. Attention, il est également possible qu’une baisse de prix annonce la sortie d’une édition remastérisée ou enrichie, comme c’est le cas en ce moment pour Dishonored GOTY bradé 13 euros sur Auchan.fr et Dragon Age Inquisition, idem.

Les lieux où chasser :

En grandes surfaces : quand elles bradent, elles ne font pas dans la dentelle. N’oubliez pas que la ménagère y achète, de guerre terriblement lasse, de la licence pour kids entre les céréales et la bidoche, donc il y a moyen de tomber sur des titres en béton à des prix impossibles ailleurs. Chez Auchan les prix sont bradés sur certains titres, les jeux et accessoires Nintendo peuvent être moins chers. Carrefour a récemment passé Zelda à 30 euros et Pikmin3 à 20 pendant une courte période. En magasin spécialisé Micromania fait des promotions qui leurs sont propres, en ligne mais surtout en boutique. Les jeux ne sont pas toujours vendus dans leur emballage donc vérifiez la présence du manuel ainsi que l’état du support.

Dans les Fnac, pendant les soldes ou au mitan d’un passage entre deux générations de hardware : en ce moment les jeux Xbox/PS3 circa 2009-201X sont bradés à partir de 5 euros, idéal pour rattraper à pas cher les titres que l’on a raté au moment de leur sortie. Beaucoup de volume. La DS a aussi droit à un balayage sur certains titres datant des début de la console. Peu de volume mais des surprises régulièrement.

En ligne bien sûr, sur les sites des enseignes marchandes évoquées, mais aussi Amazon qui peut proposer des choses assez étonnantes, comme récemment de bons titres PSP neufs à des prix corrects. Sur Rush on game qui propose certains titres durs à trouver issus de générations précédentes en neuf à des prix très corrects.

Sur Le Bon Coin où je trouve beaucoup de choses à des prix raisonnables, avec parfois de bonnes surprises. En effet, trouver un titre recherché en bon état à prix correct dans son quartier possède de nombreux avantages, en terme de gain de temps mais aussi l’échange humain bien réel.

Dans les cash converters. Malgré l’état hasardeux des titres et une fréquentation à l’hygiène douteuse, on peut y trouver des choses vraiment pas cher. Demandez à vérifier l’état avant achat.

Les classes représentées à la Fnac Saint Lazare n’étant sensiblement pas les mêmes qu’au Carrefour de Sartrouville, il est possible de trouver certaines pépites au coeur de zones moins favorisées. A moins de se voiler la face, c’est aussi là que vous ferez de bonnes affaires.

Egalement quand une console se meurt ou qu’elle passe de mode au profit d’une nouvelle, c’est là qu’il faut taper comme la foudre au coeur de l’orage. Ce qui était vrai pour la PSP et la Xbox il y a encore un an (des titres forts et propriétaires à prix ridicules) est en train de changer. En ce moment c’est la PS3 et Xbox 360 qui bénéficie d’une fin de vie particulièrement propices aux game hunters et aux retardataires. On remarque également que la crise, cumulée à une présence tri-partite et une concurrence féroce, participe au fait que les nouveautés de toute dernière génération ne sont pas chères du tout. A moins de les acheter aux prix fort le premier jour de leur commercialisation, de nombreux titres sont souvent proposés entre 20 et 30 euros moins d’un an après leur sortie.

– M –


MO5.com

L’organisme qui collectionne et classe pour le bien public, tout ce qui se fait en matière de jeu vidéo et d’informatique. Emmenés par Philippe Dubois et avec l’adoubement de l’Histoire, qui doit se répéter, les membres de l’association sont en quête d’une cinémathèque du jeu vidéo. Un lieu unique, capable de fédérer les générations, les journalistes, les professionnels de l’industrie numérique, les passionnés, les professeurs et étudiants, pour servir de catalyseur culturel de l’avenir numérique Français. Un joyau regardé et suivi par le monde entier. Un Game Story permanent, auquel j’ai eu le plaisir de participer, en écoulant le stock de Pix’N Love d’une part, mais surtout en observant, en prise directe, le formidable levier trans-générationnel de cette culture. Ce que j’ai vu à Game Story, c’est le flipper de Joelle Mazard passer le relais à Mario Bros, avec de la joie et de la nostalgie dans les yeux. Et la volonté de passer quelque chose. De faire comprendre aux plus jeunes d’où l’on vient techniquement, ludiquement, culturellement. Allez expliquer ça à nos dirigeants.

– S –


Shmup
Autrefois nommés Shoot them up (tirez leur dessus !) les enfants de Space Invaders ne manquent pas d’adresse au tir. Premiers de la classe dans les années 80 et 90, ils sont passés cancres d’une ère soit disant révolue au cours des années 2000, ayant vu la montée de l’omnipotente 3D. Le shmup se traduit généralement par un petit appareil spatial (voire un être humain) en lutte contre des myriades d’adversaires excités de la gachette. Le shmup est soit vue de dessus, soit en vue latéral. On parle de shmup vertical ou horizontal. Il parait qu’au Japon on parle de Shooting games, voire de STG. Quand on me dit Shmups, je repense à Cybernoid, Sidewinder, Silkworm, Blood Money, et un jeu sur Amstrad CPC dont je n’arrive pas à retrouver le nom, qui ont occupé les après midide mes 8 ans.  Aujourd’hui je les recherche tous, du shmup à 5 euros sur PS2 au Radiant Silvergun à prix déraisonnable. Je suis nul à ces jeux mais j’éprouve une excitation de gosse à leur évocation. Quand on me parle de shmups, je suis à nouveau ce petit garçon de 8 ans qui part sauver la galaxie à bord de son X-Wing.

Super Scaler

Un « Super Scaler » est un jeu utilisant la technologie du même nom. Développée par Sega au début des années 80, le Super Scaling tend à simuler un effet 3D en utilisant des sprites capables de grossir ou de rétrécir à volonté. Si les Super Scaler les plus connus sont After »j’adapteTop Gun en loucedé »burner, Outrun et Space Harrier, le premier titre mythique à avoir intronisé cette technologie serait Hang On. Les Super Scalers sont en général des shmups, des jeux de course, ou bien des jeux de tir, comme Alien 3 : The Gun, sorti un peu plus tard. Parmi les autres réussites du genre, il y a mon chouchou Galaxy Force 2, qui se présente comme un Afterburner dans l’espace. Un titre qui dans sa version 3DS, impressionne : en s’appuyant sur les capacités 3D de la machine, le titre convoque old tech et new tech pour un effet 3D absolument magique. Ca va vite, c’est coloré et ça décoiffe immédiatement. On compte également Powerdrift, et Thunder « J’adapte Blue Thunder en loucedé » blade, aujourd’hui quelque peu oubliés, au rang des titres ayant utilisé ce procédé. Des succès qui ont donné des idées aux autres game companies, avec notamment Chase « j’adapte Miami Vice en loucedé » HQ de Taito et ses deux suites SCI et Super Chase: Criminal Termination, mais aussi Operation « c’était bon ça bordel » Thunderbolt de Taito. Ici on peut lire que cette technique a été utilisée sur des jeux Neo Geo comme Samurai Shodown 2, afin d’émuler un effet de zoom saisissant lors des combats. La semaine dernière, j’ai probablement découvert le titre le plus timbré de cette catégorie, Cool Riders, un mix over the top de Road Rash, OutRun et Chase HQ. J’aime bien Chase HQ.

Synecdoche, New York
Recréer la vie même à côté de la vie. Et jouer la phocotopie de sa propre vie. C’était globalement le sujet du film de Charlie Kaufman. Ces thèmes me viennent naturellement à l’esprit devant le travail gargantuesque de reproduction géographique et architecturale qui s’étoffe au fur et à mesure des différents GTA. L’utilité des lieux. Leurs fonctions. La ballade et la mise en place d’un simili libre arbitre. En fait ce qu’il y a de plus rebelle dans le titre de Rockstar, ce n’est pas de descendre des polygones à la pelle. Le plus culotté, depuis 2002, c’est de dire merde à la trame principale, pour voir et tester les limites de ce pétaouchnoque, dont la pacotille révèle un nombre de détails impressionnant. Et d’aller si je veux écouter Night moves dans un lieu dont la première fonction est simplement d’exister. D’être là. Et puis ce synthé existentiel qui démarre quand tu voles au dessus des cimes entre deux massacres inutiles… Pousser jusqu’en 2013 un attachement aussi persistent aux film de Mann, c’est mignon quand même.

– U –


Underrated

Sous-évalué. C’est la traduction la plus littérale que j’ai trouvé pour vous parler de ce type de jeux, voire de cette tendance. Les underrated games sont ces jeux qui n’ont fait aucun remous, critique et/ou public à leur sortie, voire qui ne sont tout simplement pas sortis sur notre territoire, et dont la cote se voit réévaluée par de preux chevaliers du web, mais aussi des éditeurs et des professeurs d’histoire du jeu vidéo passionnés d’archéologie. La première fois que j’ai découvert ce terme en 2009, c’était par le biais d’une série de vidéos Youtube diffusée par un certain Teh2Dgamer. Il auscultait – et ausculte toujours – les fonds de tiroir de la logithèque PS2 pour en tirer des titres oubliés, sous notés et mal aimés. Et c’est à partir de là que j’ai découvert des titres forts, voire phénoménaux, comme Nier ou Enslaved sur la précédente génération. Mal perçus, possédant quelques défauts assez costauds et ne bénéficiant pas d’un gros budget marketing, ils étaient passés à l’as. Et pourtant ils contiennent des visions et des idées vues dans très peu de titres. Parce que l’underrated game d’aujourd’hui est le chef d’oeuvre inaccessible de demain, il est aujourd’hui au coeur des motivations des collectionneurs et autres game hunters. On se retrouve là dans des logiques similaires à ceux que l’on peut trouver dans les rapports entre la critique d’art, les fans et le temps qui passe, défaisant les uns et rehaussant les autres.

Just like Honey

Ring a ding ding

Je dois vraiment partir.
Mais cela ne change rien entre nous.
– Bob.

En revoyant le second film de Sofia Coppola hier soir sur Arte, j’ai reçu la visite de mes 20 ans. En allant le voir à la sortie, il s’agissait pour moi d’une pierre blanche pour les années 2000 frémissantes. La chute du bug de l’an 2000, celle des deux tours, la montée en puissance du web et de la technologie dans la vie quotidienne, l’hyper réalisme de la haute définition au cinéma, l’hésitation face au nouveau siècle, l’ouverture au monde, la montée de la culture populaire Japonaise. Le début des années 2000, c’était un peu tout ça. Et dans mon coeur la solitude et l’espoir de rencontrer quelqu’un de vrai, qui me comprenne. Et tout était dit à l’écran. C’était palpable dans cette variation sur le thème d’Harold et Maud et d’In The Mood for Love, quand l’homme glisse à la fin le secret de son amour dans le silence des pierres.

Hier soir j’ai à nouveau regardé ce film avec ma femme. Le plus important des années 2000 à mes yeux, avec Collateral. 12 ans déjà et pourtant c’était comme si c’était hier, là tout de suite, à deux pas d’aujourd’hui. Des personnes chères étaient encore parmi nous cette année là et l’écrin brut de mon coeur, si plein et si timide au monde, rayonnait d’une lumière noire, secrète et solitaire. Que le temps passe vite… Et comme ce film demeure. A l’aulne de la vitesse et au coeur d’une ville prise entre les feux de la modernité et des traditions, deux générations se croisent et s’aiment respectueusement, humainement et aussi simplement que bonjour.

Il est fatigué et a vécu pas mal de choses. Elle est perdue avec la vie devant elle, à mille lieux des petites connes arrogantes d’aujourd’hui. Quant il lui chante la sérénade sur le Ferry des roucoulades, son regard exprime quelque chose de profond, de sain et d’assez magique. Une sorte d’amour possible-impossible. Et lorsque les choses sont enfin dites et que leur bulle les renforce et les façonne pour toujours, la réconciliation avec la ville, la vie, soi même et la modernité coule à flot. On entend le rythme de son coeur sur l’air pop de la ville moderne. Il ne fait plus qu’un avec elle, avec lui et avec le monde.  Chez Scorsese, le beat des Ronettes amorçait une virée urbaine assez infernale. Sous l’acide du Jesus & the Mary Chain, il sert d’écho aux palpitements du coeur de Bob Harris, réconcilié avec la ville, sa propre vie et le monde. En d’autres mots, une épiphanie porteuse d’espoir et qui a visiblement connu un écho assez universel, si l’on juge le succès de l’oeuvre à l’international.

C’était un grand film en 2003, ni caricatural bourrin, ni élitiste, tout juste arty et totalement à contre courant du cinéma américain de masse. Pour preuve, le regard écarquillé, sans parole et sans jugement de la jeune femme sur la culture Japonaise, ancestrale ou triviale. Filmé en 27 jours avec un budget chandelle, c’est toujours un miracle, porteur des hésitations, de l’ouverture et des fulgurances de son époque. Son seul défaut : raconter les gentils déboires de gens ultra privilégiés. Mais c’est vraiment chercher la petite bête. Pour le reste : obligatoire.

Lost in translation, Sofia Coppola, 2003.

Sylvain Thuret
Des jours sans nuit
20 août 2015

Sur une balade d’Overtime

Avec le temps
La peine s’essouffle
Et la pluie s’arrête

C’est ce qu’on dit toujours,
Avec le temps se referme la plaie
Qui ne cicatrise vraiment jamais
Par amour

Avec le temps
C’est tout ce que l’on dit

Un jour peut-être je n’y penserai pas
Ce jour là sera bien triste
Plus triste que les précédents.

Plus vif que la gifle du vent
Plus fort que la caresse du temps
Plus profond que le plus bel océan
Plus haut que tous les cieux
Tu voles chaque jour un peu de mon coeur
Que ton absence soudaine dévore

Moi qui pensait avoir encore le temps
De te voir et te parler à nouveau.

En mémoire de mon oncle Joel

Lucinda WIlliams – Overtime

Overtime
That’s what they all tell me
That’s what they say to me

Overtime
Your blue eyes, your black eyelashes
The way you looked at life
In your funny way
I guess out of the blue
You won’t cross my mind
And I’ll get over you
Overtime

Your pale skin, your sexy crooked teeth
The trouble you’d get in
In your clumsy way
I guess one afternoon
You won’t cross my mind
And I’ll get over you
Overtime

I guess out of the blue
You won’t cross my mind
And I’ll get over you
Overtime

Quand j’étais chanteur de Xavier Giannolli

Une rencontre

Une rencontre

Elle, jeune et si seule, cassée sous les apparences. Elle vend des espaces vides, vit dans un hôtel. Lui, enfermé dans son rêve de gosse, chante pour les petites gens, les vieux, le baloche. On suit leur chassé croisé alors qu’un lien se tisse, un peu à la manière de Lost in translation. Sauf que l’on est à Clermont. Et que Brian Ferry laisse place à Christophe. Cet hommage passionnant à cette unité nationale de la chanson (de variété, ou pas, là n’est pas la question), incarné d’un pas de deux amoureux, en dit peut-être un peu plus que la simple histoire qu’il raconte. Une rencontre à l’image d’une chanson, une chanson à l’image de mille rencontres. Il est resté enfermé dans ses rêves de jeunesse, tandis qu’elle n’en a pas eu. Ensemble ils esquissent la chanson de Christophe, pour peut-être, retrouver leurs paradis perdus.

Quand j’étais chanteur, Xavier Giannoli, 2006.

Sylvain Thuret
Des jours sans nuit
05 juin 2015

Young Ones de Jake Paltrow

Au milieu du désert, un homme tente de protéger sa récolte, sa famille. 

Empruntant tour à tour au western et à la première partie agricole de Star Wars, Young Ones de Jake Paltrow est un film évoquant le cinéma des années 50, 70, 80, et les préoccupations contemporaines de la fin du monde. Que le film tienne sur un tel maelstrom est déjà une réussite.

Naïf par bien des aspects, parfois maladroit, le récit tire sa puissance d’enjeux clairement énoncés, qui ne volent jamais plus haut que leur cul mais qui font sens en un final oedipien, taiseux, et magnifique.

Il s’agit de transmettre, ou plutôt de prendre la relève. Le jeune héros « n’oublie pas le visage de son père » pour reprendre la ritournelle de La Tour Sombre, et prend sur ses frêles épaules le poids de la vengeance, du souvenir et surtout, de la responsabilité.

Young Ones cristallise ainsi la question de la violence comme argument de self preservation, thème central de la culture américaine aux côtés de l’espace. Oeil pour oeil, dent pour dent : tout cela, au nom du corps familial et de l’innocence, tient debout dans la mythologie américaine. Ces thèmes, très présents dans des oeuvres telles que We own the night de James Gray, There will Be Blood de Anderson, True Grit revu par les Coen et la série droitière The Walking Dead, apportent du sens à l’heure même où le cinéma américain tend à se diluer dans le film Marvel, qui ne dit pas grand chose mais qui tient à le dire, de façon indifférenciée, au plus grand nombre.

Ce discours tenu par Young Ones est d’autant plus intéressant qu’il restaure, d’une part, un premier degré salvateur. Nous avons ici un film qui dit clairement quelque chose à quelqu’un dans un contexte donné. Ne vous fiez pas à la simplicité de cette dernière phrase : il est très important de savoir qui dit quoi aujourd’hui et en quel nom. Le cynisme et la joke permanente, facile et tweetable, ont pris le pas sur la quête de sens, le fond, le texte.  D’autre part on retrouve les thèmes de la transmission tels qu’ils étaient dépeints dans The Road de Mc Carthy et que l’on a vu fleurir dans un jeu vidéo, The Last of Us et déformés par l’ultra sécuritaire Walking Dead. Reprendre la torche dans le noir complet. Faire ce que l’on a a faire. Assumer en silence en encaissant les coups. Avancer droit et planter une graine dans une Terre dévastée. On retrouve là certains thèmes chers au cinéma d’anticipation des années 70 : Rollerball, Silent Running, Soylent Green. Des films qui se présentaient comme tout petits au moment de leur sortie, mais dont le souffle politique trouve toujours un écho aujourd’hui.

Il est intéressant d’apprendre qu’un Star Wars emprunte des plans et des idées à The Searchers de Ford et Lawrence of Arabia de Lean. Et Young Ones arrive, en catimini, à faire la synthèse de tout cela. Enjeux dramatiques simples, mise en scène économe et sensible > discours magistral. Voici un roman d’apprentissage nourri au talion, dans lequel la famille a remplacé la Frontière. A la fin du film, le jeune fermier ne vas pas dans les étoiles, ne détruit pas l’étoile noire, ne sauve pas la princesse. Il regarde sa soeur, qui ne sait pas qu’il a grandi.

Quand son regard se ferme, dans le secret et la prière de la table, le visage des protagonistes s’élève de façon corale dans le générique final, comme une troupe de théâtre qui saluerait son public. A l’instar de Mash et sur une note musicale aussi discrète que profonde, cet effet m’a fait ressentir tout le charme d’une oeuvre faussement mineure, capable d’émouvoir profondément.

Espérons que Jake Paltrow ne cède pas, à l’instar d’un Marc Webb ou d’un Duncan Jones, à l’appel du big buck. Et qu’il continue à nous dire des choses dans le creux de nos oreilles et de notre coeur.

Young ones, Jake Paltrow, 2014.

Sylvain Thuret
Des jours sans nuit
25 avril 2015

Le péril vieux : Leonard fête ses 80 bougies

Leonard Cohen lors de sa deuxième série de concerts à l'Olympia, octobre 2012.

Leonard Cohen revient à l’Olympia, octobre 2012.

Dans le film Printemps 96 d’Armelle Brusq, on voyait déjà notre vieil homme faire des trucs capables d’épuiser plus d’un jeune. En 2008, c’est un jeune homme svelte qui vint rejoindre la scène de l’Olympia en quelques bonds graciles. Leonard, 75 ans frappés, fit ce soir là, pendant 3 heures durant, l’amour à nos oreilles. Parfois à genoux, souvent en chantant, il fête aujourd’hui ses 80 printemps. 

Une voix majeure 
Depuis mes 14 ans j’ai toujours pensé que c’était là une voix majeure de notre monde contemporain. Avec elle le texte a trouvé une voix royale, découchant du papier pour s’acoquiner au disque, pour aujourd’hui s’envoyer en l’ère du cloud. Qu’il me paraît loin soudain, l’été de mes 16 ans pendant lequel j’écoutais Joan of Arc en boucle sur un walkman aussi léger qu’un parpaing.

Aussi je pensais que ce retour sur scène en 2008 était un adieu, la première et dernière occasion pour moi de le voir « en vrai », ce maître chanteur. Ce fut une renaissance. Jetant un Fedora triomphant sur l’ensemble de son oeuvre, notre homme s’est mis à tourner dans le monde entier, aussi furieusement que U2 ou Britney Cyrus. Ses caisses étaient vides et nos oreilles pleuraient de joie. Après m’être cassé la tirelire pour assister au premier concert et étant dans une situation financière assez moyenne, j’ai par la suite bénéficié à deux reprises de la très grande générosité de mes camarades du forum Français Leonardcohensite.com, pour lequel j’ai écrit pas mal de choses à cette époque. J’ai offert l’un de mes trésors à Olivier pour équilibrer un peu la balance lors du concert de Marseille en 2010. Mais je dois toujours un (gros) billet de concert à Polyphrène qui m’a donné sa place à Paris en octobre 2012 (cf. photo).

Même à ce prix là, il ne vient pas nous entuber : concerts de trois heures, musiciens de talent comprenant des collaborateurs de longue date, un jeu de guitare démontrant un training musical consistant, des rappels en veux tu en voilà, des déclarations d’amour réciproques, des nouvelles chansons, disques et Live à pleurer de joie et des fan videos en roue libre sur YT. Le vieux sage, visiblement bien renseigné, laisse courir la rumeur, et business mis à part, jaillit bel et bien comme le grand poète accessible de son temps. Ce qui permet à certains fans hardcore, comme Albert Noonan, d’entrer dans la légende de la légende : à l’heure où j’écris ces lignes, sa version de Feels so Good, l’une des meilleures que j’ai pu trouver parmi les variations issues d’autres enregistrements sauvages, est absente des derniers albums.

Et alors que le bonhomme a toujours cultivé une certaine forme de mystère, pour ne pas dire de retrait, la gloire et les lauriers sont au rendez-vous. En pleine lumière, aux yeux et aux oreilles de tous, il récolte son dû, sans aucun équivoque possible. A l’âge où il est plus facile de raccrocher les gants, il vient remercier le public de l’avoir soutenu discrètement mais sûrement pendant 48 ans. Et le public le remercie d’avoir su garder un rapport intime et fraternel avec lui, conservant une ligne poétique forte, convoquant tour à tour la sexualité, l’Histoire, la religion et quelques blagounettes en sourdine. Le maintien d’un tel niveau d’exigence et de qualité dans son dialogue avec le public, au travers de toutes ces transformations sociales, économiques, technologiques et culturelles, a quelque chose d’héroïque.

Popular problems
Avec Popular Problems, son dernier album, Leonard se paye le luxe d’alterner chansons badines – comme l’opener Slow, aka « J’aime faire l’amour doucement » ou le closing track You got me singing, remerciant sa dernière conquête et son public de l’aider à « chanter Hallelujah » – et d’autres beaucoup plus graves, comme Nevermind et Did I Ever Love You : 

Les citronniers fleurissent
Les amandiers dépérissent
Ai-je été cette personne
Jurant de t’aimer pour toujours ?

Entretenant des relations compliquées avec son héritage judaïque, faisant mine de s’en détacher tout en le représentant de façon brillante, le voir prendre une telle position dans ces deux chansons est pour moi une preuve de courage et de confiance renouvelée. Dans The Future (1992) il prédisait « Tout va partir dans tous les sens, on n’aura plus de base de référence », mais aussi « votre vie privée va vous exploser à la gueule », plus de 10 ans avant la création de Facebook.  L’année dernière je suis allé écouter la soutenance de thèse d’une camarade de fac, dédiée à la poésie dans l’espace public. Commentaire d’un prof : « Il y a aujourd’hui un grave problème d’énonciation ». Une phrase simple que j’ai traduite comme l’un des principaux malaises made in France : « On ne sait plus qui parle à qui aujourd’hui et en quel nom ». Ce qui était encore à peu près le cas dans les années 90. Voir Leonard continuer à dire quelque chose en son nom propre en 2014 me rappelle à quel point son oeuvre est précieuse. Il y a comme un contrat poéthique passé avec son public, contrat duquel il ne s’est jamais vraiment départi.

Un héritage soutenu et fidèle
Leonard m’a séduit adolescent, pour son caractère intimiste, cette façon discrète, mystérieuse et éloquente d’approcher le rock, le folk et la chanson. D’y apporter une forme de spiritualité mêlée de sensualité, qui répondait à mon propre trouble  entre le mot et l’émoi. Il a tout changé. Preuve ultime que ce contrat et cette ligne de conduite artistique a creusé un puissant sillon dans la chanson contemporaine, il inspire toujours autant la jeune garde mondiale, de Nick Cave à Anna Calvi, de Mojave 3 aux frenchies comme Moriarty et aujourd’hui Yules. Et cela me réjouit car c’est souvent dans ces reprises que je retrouve la joie ultime de mes 14 ans, quand je découvrais Suzanne pour la première fois.

Sexe, religion et blagues plus ou moins étouffées
Prenant son ton austère et sensuel au premier degré, il m’a fallu du temps pour situer les blagounettes de ce « salopard paresseux en complet gris » (Going home). Blagues d’autant plus subtiles qu’elles sont souvent distillées sur ce même ton solennel, que ce soit les mouches avides de l’homme esseulé de One of us cannot be wrong au « Notre homme Cohen sur le terrain » (« Field commander Cohen »), dans laquelle il se moque vertement de sa propre mégalomanie et du rôle du « poète acteur de son temps ». Humour compris, sous des airs ascétiques et polis, sa chanson, shootée à l’écrit, a laissé le mot embellir le fruit très détendu du rock n roll, aux côtés de Dylan ou Reed. Sans pour autant jamais cracher sur ce qu’il nomme la « Tour de la chanson », ne désirant au fonds qu’y occuper une modeste chambre. On sent une admiration et une fascination réelle, de longue date pour la pop music, la chanson, le folk. Un respect toujours affiché pour des gens comme Ray Charles et Edith Piaf. Une humble demande de reconnaissance mutuelle, adressée à des fantômes, ne fait qu’élever tout le bâtiment. Cohen a su unifier le profane et le sacré, le beau et le pop, le mot et la musique, l’écrit et le chant. Et brillamment accompagné la mue de la poésie, du support livre à l’ère du streaming. Le 20ème siècle lui est redevable de ça. Le 21ème en profite encore.

Sylvain Thuret 
Des jours sans nuit
22 octobre 2014