Just like Honey

Ring a ding ding

Je dois vraiment partir.
Mais cela ne change rien entre nous.
– Bob.

En revoyant le second film de Sofia Coppola hier soir sur Arte, j’ai reçu la visite de mes 20 ans. En allant le voir à la sortie, il s’agissait pour moi d’une pierre blanche pour les années 2000 frémissantes. La chute du bug de l’an 2000, celle des deux tours, la montée en puissance du web et de la technologie dans la vie quotidienne, l’hyper réalisme de la haute définition au cinéma, l’hésitation face au nouveau siècle, l’ouverture au monde, la montée de la culture populaire Japonaise. Le début des années 2000, c’était un peu tout ça. Et dans mon coeur la solitude et l’espoir de rencontrer quelqu’un de vrai, qui me comprenne. Et tout était dit à l’écran. C’était palpable dans cette variation sur le thème d’Harold et Maud et d’In The Mood for Love, quand l’homme glisse à la fin le secret de son amour dans le silence des pierres.

Hier soir j’ai à nouveau regardé ce film avec ma femme. Le plus important des années 2000 à mes yeux, avec Collateral. 12 ans déjà et pourtant c’était comme si c’était hier, là tout de suite, à deux pas d’aujourd’hui. Des personnes chères étaient encore parmi nous cette année là et l’écrin brut de mon coeur, si plein et si timide au monde, rayonnait d’une lumière noire, secrète et solitaire. Que le temps passe vite… Et comme ce film demeure. A l’aulne de la vitesse et au coeur d’une ville prise entre les feux de la modernité et des traditions, deux générations se croisent et s’aiment respectueusement, humainement et aussi simplement que bonjour.

Il est fatigué et a vécu pas mal de choses. Elle est perdue avec la vie devant elle, à mille lieux des petites connes arrogantes d’aujourd’hui. Quant il lui chante la sérénade sur le Ferry des roucoulades, son regard exprime quelque chose de profond, de sain et d’assez magique. Une sorte d’amour possible-impossible. Et lorsque les choses sont enfin dites et que leur bulle les renforce et les façonne pour toujours, la réconciliation avec la ville, la vie, soi même et la modernité coule à flot. On entend le rythme de son coeur sur l’air pop de la ville moderne. Il ne fait plus qu’un avec elle, avec lui et avec le monde.  Chez Scorsese, le beat des Ronettes amorçait une virée urbaine assez infernale. Sous l’acide du Jesus & the Mary Chain, il sert d’écho aux palpitements du coeur de Bob Harris, réconcilié avec la ville, sa propre vie et le monde. En d’autres mots, une épiphanie porteuse d’espoir et qui a visiblement connu un écho assez universel, si l’on juge le succès de l’oeuvre à l’international.

C’était un grand film en 2003, ni caricatural bourrin, ni élitiste, tout juste arty et totalement à contre courant du cinéma américain de masse. Pour preuve, le regard écarquillé, sans parole et sans jugement de la jeune femme sur la culture Japonaise, ancestrale ou triviale. Filmé en 27 jours avec un budget chandelle, c’est toujours un miracle, porteur des hésitations, de l’ouverture et des fulgurances de son époque. Son seul défaut : raconter les gentils déboires de gens ultra privilégiés. Mais c’est vraiment chercher la petite bête. Pour le reste : obligatoire.

Lost in translation, Sofia Coppola, 2003.

Sylvain Thuret
Des jours sans nuit
20 août 2015

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