Mois: mai 2017

Photo didacte : l’histoire de Vivian Maier

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OCS diffuse en ce moment le film dédié à Vivian Maier, photographe franco-américaine qui connaît aujourd’hui une reconnaissance posthume.

Du still à revendre
Habitué des brocantes et ventes aux enchères, John Maloof a le pif et la bonne fortune de faire l’acquisition de simples boites en carton. Qui contiennent un morceau de notre histoire contemporaine.Ces cartons appartiennent à une photographe, Vivian Maier, restée dans l’ombre toute sa vie. Maloof en remonte le fil, et les bobines. D’origine française, elle travaille comme nounou et au cœur des années 50 et 60 évolue notamment entre Chicago et New York. Une activité qui lui permet d’organiser son temps et ses journées avec un minimum de contraintes financières. De foyer en foyer, elle en profite ainsi pour arpenter les rues, mais aussi le monde entier.

Des histoires de la rue à l’intimité de Phil Donahue, en passant par les visages et paysages de Saint-Julien-en-Champsaur en France, Vivian a témoigné de son temps, pour mourir seule, en 2009, dans l’indifférence de ceux qui la voyaient comme une vieille fille excentrique, quelque peu acariâtre. Soit 40 ans d’instantanés au cadre tétanisant de précision et de beauté, dont les sujets sont les fruits d’un éphémère urbain aujourd’hui disparu.

Les questions affleurent. Comment a t’elle pu prendre toutes ces photos sans être inquiétée ? Au début des années 50, cette grande gigue aux traits anonymes, tenant un petit boîtier noir au niveau du bassin, n’inspirait visiblement pas la méfiance de ses contemporains. Sa taille explique potentiellement la tenue de son cadre, régulièrement entre contre plongée et plan américain. Kubrick a fait la carrière que l’on sait sur une première expérience photographique pour Life. Qu’elle collectionnait entre autres newspapers du sol au plafond…

Il y a quelque chose d’émouvant à découvrir aujourd’hui, par le travail et l’opiniâtreté de John Maloof, cette identité à la fois forte et discrète. Une identité qui questionne nos choix, notre regard et notre consommation des images, qui chaque jour cartographie chaque parcelle individuelle pour un oubli collectif immédiat.

Magnifique perdante
Après Sugar Man en 2012, néo-docu qui remettait en scène le talent oublié de Sixto Rodriguez, Finding Vivian Maier rend hommage à une nouvelle figure déterminante de notre passé immédiat. Cette archéologie néo-retro qui préoccupe également l’univers du jeu vidéo, semble quelque peu bousculer l’histoire officielle de la photographie. Maloof fait en effet état des premières réactions négatives d’institutions US comme le MOMA, rebutées à l’idée d’exposer une inconnue.

L’ironie de cette présente diffusion sur OCS : une expo dédiée au travail de Walker Evans se tient actuellement à Beaubourg. Au delà des efforts de son village maternel, et de premières expositions de galeristes, la reconnaissance officielle, comme souvent en France, tarde à venir. Afin de partager ce travail fascinant d’archéologie contemporaine, Maloof a sué sang et haut. Montant un premier blog aux réactions enthousiastes, puis une exposition, puis ce film en 2013, Finding Vivian Maier… Tout en développant le travail titanesque de l’artiste et enquêtant sur sa vie secrète et sinueuse.

Ce morceau de bravoure a trouvé ses racines en marge des institutions. Film documentaire en clair obscur, déclaration d’amour à la photographie et aux histoires de la rue,  Finding Vivian Maier est un diamant que les amoureux des images doivent porter en étendard.

S.T.

Site officiel Vivian Maier
http://www.vivianmaier.com/

Association du Champsaur
http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr/

Finding Vivian Maier, de John Maloof et Charlie Siskel (2013),
actuellement sur OCS.