And the band kept playing on

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La disparition de George Romero la semaine dernière mérite plus qu’un tweet. Si en 2011 j’ai eu l’immense joie d’interviewer Joe Dante dans le cadre du Festival d’Amiens, l’idée de faire de même avec John Carpenter et George Romero demeurait un doux rêve, ces 3 là ayant formé la Face B du « Nouvel Hollywood ». Mais les années passent et, comme on nous le rappelle un peu trop cruellement ces temps-ci, « les soleils meurent aussi ». 

Pétri de défiance à l’égard des institutions et doté d’un regard acéré sur la société contemporaine, George Romero a révolutionné le cinéma en faisant, dans le cadre du genre, un portrait saisissant de nos moeurs. Si John cache son humanité sous une colère tellurique – certainement le moins rigolo des trois à l’écran -, Joe, plus tendre, jette pourtant des traits tout aussi acides tandis que George, avec son regard aimant, représente une synthèse de ses deux frères de cinéma. Capable de manier l’humour potache, l’horreur tantôt glaçante tantôt cartoon et offrant un constat critique que n’aurait pas renié Debord sur l’évolution des moeurs sociales, politiques et médiatiques, il était capable de poser, en un même élan, une gueulante aussi puissante que John, tout en conservant un regard doux amer. En hommage, je re-publie ici mon second texte sur le maître, datant de 2007.

Land of the Dead : le feu d’artifice Romero

Dans Land of the dead, dernier film en date de la saga Romérienne, long déclin de l’empire américain s’étalant sur 40 ans, l’action se situe dans une gated city, telle qu’on en trouve de nos jours aux Etats-Unis. Tout autour, les zombies, comme autant de figures de l’autre, du pauvre, du sdf, du minoritaire et du pastiche de l’american society, occupent l’ensemble des terres dévastées. 

Ciment spectaculaire de l’unité nationale, le feu d’artifice est désormais employé par les humains à des fins stratégiques, pour ralentir la progression des zombies. Comme on jetterait du jeu et du pain à la plèbe. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du cinéaste : distribuer son discours sur les différentes figures peuplant ses films, loin des polarités manichéennes.

Dire beaucoup avec une simple image est l’apanage des plus grands cinéastes. En choisissant le motif d’un spectacle national comme artifice, Romero critique la machine à rêve et les institutions.

Une première fois, le stratagème des survivants se révèle efficace, les zombies levant les yeux vers le ciel comme à la parade. Le ciment national est alors mis à mal, non sans une certaine roublardise. La seconde fois, contre toute attente, la poudre aux yeux ne fonctionne plus.

« (…) dans un fantastique coup de cinéma, un des zombies baisse la tête, puis les autres l’imitent. (…) Leur évolution a maintenant atteint le stade où ils ne sont plus dupes de cette petite mise en scène. (…) Le récit de Romero, lorsqu’il opère un renversement aussi total et aussi fort, s’aligne sur les opprimés qui sont suffisamment intelligents pour prendre et exercer le pouvoir »*. 

Il devient clair à cet instant précis que les zombies, c’est nous, gogos que l’on tente de gaver de mirages… mais à qui on ne peut la faire indéfiniment.

Au moment du grand final, quand la diligence quitte la ville avec à son bord un petit groupe de survivants, les derniers feux sont utilisés sans raison apparente. C’est pourtant la dernière image du film. Le geste est flamboyant, renvoyant la machine Hollywoodienne et son souci permanent du contrôle et du Happy End à sa dimension la plus commerciale.

Le zombi qu’il faudrait distraire avec ce dernier plan satirique, c’est le spectateur, habitué à une escalade d’artifices, et ce au détriment du sens. Sommes nous dupes ou complices ? Etre complice de Romero c’est comprendre exactement la place et le sens de ces images là, qui parsèment et fondent le sel de tout son cinéma. Et des images de cette force, il y en a un paquet dans sa filmographie.

Toute sa colère et son intelligence revancharde s’exprime ici, au travers d’une image finale qui semble être un détail… et qui n’en est absolument pas un. Pour moi ce plan final exprime clairement l’ironie du réalisateur, qui se sait coincé dans une économie qui ne veut pas encourager les esprits. Cette image dit « voici l’état de notre monde, j’espère que vous avez aimé le pop corn ». Il est évident que cette acuité manque au cinéma actuel. Un cinéma de pure exploitation commerciale qui semble lui avoir tout repris, sauf son essence même : un regard d’une intelligence folle. So long George.

*Adrian Martin, in Politique des zombies : l’Amérique selon George A. Romero,
coordonnée par Jean-Baptiste Thoret.

S.T. / A.T.

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