Non classé

Le point NETFLIX

Mindhunter-1200x520

L’arrivée de Netflix en France a insufflé un vent de panique. Comment la télévision française, bloquée en 1992, allait résister à ce challenger de poids, prêt à capter l’attention d’une génération qui s’était déjà bien éloignée du poste ?

Pour l’ex-président du groupe TF1 Nonce Paolini, l’arrivée de Netflix en 2014 allait « rebattre les cartes ». Comprendre : dynamiter le PAF. Trois ans ont passé. Et je constate que l’offre VOD, née en 2005, s’est largement développée du côté de Canal et d’Orange. Avec pour Canal, une interface « My Canal » qui marche du feu de dieu, un catalogue de films important et la production renouvelée de séries originales, Le Bureau des Légendes étant l’un des meilleurs programmes de ces dernières années. D’ailleurs, l’abonnement traditionnel avec box tend à se diluer, sous l’influence croissante de son concurrent US, en une offre 100 % digitale, directement intégrée dans l’interface des téléviseurs HD.

Pour Orange, la formalisation d’un solide partenariat entre OCS et HBO, assurant la diffusion notable de séries vitrines : Girls, Game of Thrones, The Walking Dead et aujourd’hui The Handmaid’s tale en tête. De même que Canal se trouve encore coincé entre deux business models, Orange a du mal à faire le tri entre une offre VOD pour mamie et son offre Premium à destination des actifs, OCS étant difficilement accessible sur la home de la TV d’Orange (pas de panique c’est Français, à ranger à côté des sous-titres .SRT non gérés par le stockage Livebox ou le délai de 48h pour l’activation des films postés sur le Cloud).

De son côté Netflix occupe le segment de la génération Y/Z : connectée H.24 à son téléphone, tablette ou netbook, ne possédant pas de poste de télévision (artefact préhistorique, volumineux et couteux à leurs yeux), vorace de nouveauté et de consommation immédiate, de nuit comme de jour, inside outside, de n’importe quel type de programme.

Pour les séduire : un abonnement mensuel à prix modique et sans engagement, soit l’opposé du modèle Français imposé par Canal+ sur 30 ans. Et un accès sans limite à un vaste catalogue de contenus sans cesse renouvelés.

Son mix ? Des séries, pour ne pas dire des coups, en phase avec la culture pop de notre époque : adaptation de la licence Castlevania de Konami (!), une nouvelle série Star Trek, une série avec des catcheuses 80’s, l’exploitation de seconds couteaux Marvel ; des films originaux, comme Our souls at night, Gerald’s game, Okja et Warmachine. Sans oublier les mangasseries en vrac, le bon cotoyant le flux (Blame, Attack on titan, Gantz 0 pour citer le haut du panier).

Le point noir de Netflix : les films et la qualité intrinsèque des programmes proposés.

Pour la conso de geekeries à moindre coût, c’est top et nul doute que le PAF est en train de payer cher son immobilisme. Mais quand on regarde au détail, les séries ne remplissent pas toutes leurs promesses :

Glow : la promesse de nanas faisant du catch en mode glitter se matérialise timidement une fois la saison terminée ;

Castlevania : après l’excitation de l’annonce, les geeks ayant apprécié d’être considérés comme des téléspectateurs de leur temps, la déception a été de mise devant ce premier jet d’épisodes falots, n’arrivant pas à la cheville de Vampire Hunter D : Bloodlust, mètre étalon du genre, réalisé en 2000 avec des moyens confortables et une réelle ambition artistique ;

Star Trek : pour m’être infligé un After Trek en présence d’un co-scénariste, on sent que niveau écriture, c’est ni Carnivale ni BSG. Le 3ème épisode, plaisant au demeurant, singe allègrement Doom 3, Dead Space et Mass Effect. Eux-mêmes pompeurs d’Alien, Star Wars et Star Trek. Sympathique, mais nous ne sommes clairement pas devant le niveau d’excellence recherché par HBO.

Stranger Things : sympathique mix de Stand By Me, des Goonies, It et The Thing, bref tout ce qui a fait le sel des années 80. Sans éclat en dehors de la distribution des gosses. Idem que pour Glow et The OA : c’est agréable à regarder mais ça patine un peu. La saison 2 est joyeusement attendue pour fin octobre.

Côté films, on en est encore au stade de téléfilms avec une distribution cinéma. Our Souls At Night stigmatise parfaitement cet état de fait : Robert Redford et Jane Fonda filmés dans leur cuisine et sur leur porche, ça fonctionne. Mais ça montre que le scope de ces programmes est encore bien restreint. Une situation qui pourrait bien évoluer d’ici un an ou deux. Et qui chamboule vraisemblablement le statu quo Français.

En effet, le vent de panique a repris de plus belle lors du dernier festival de Cannes, lorsque deux films produits par Netflix ont été présentés, tout en étant uniquement destinés à leur canal. Après avoir réveillé les diffuseurs TV de leur torpeur, Netflix s’attaque désormais à la distribution des films en salles, zappant totalement cette étape pour diffuser directement sur leur plateforme ! En clair Okja était disponible, pour quasiment rien, dans la foulée de son intronisation Cannoise. Arte le fait depuis un bail, mais ça a toujours été un truc arty pour happy few. Là on parle d’un modèle économique rouleau compresseur à la sauce digitale, anywhere, any device. Et, coup de maître de Netflix : l’annonce de ces nouveautés la « veille » de leur diffusion, pas plus de 6 mois en amont.

De plus, s’abonner à Netflix revient grosso modo à 12 euros par mois. Après avoir ferré le poisson, le groupe augmente actuellement ses tarifs d’1/2 euros. Car en face, sur les plateformes VOD des chaînes traditionnelles et des FAI, une location à l’unité d’un film récent coûte grosso modo dans les 6 euros. Faites le calcul : pour le prix de deux téléfilms Français, vous pouvez vous payer tout Black Mirror, Stranger Things, Attack on Titan… et regarder sans supplément le dernier film de Bong Joon-Ho. Quand tu as 25 piges, qu’Alexandra Lamy te parle moins que Game of Thrones, que tu vis dans un studio et que tu es fauché, le deal est vite vu.

Vu que le cinéma français carbure aux subventions télé, il est bien évident qu’une stratégie aussi agressive « rebatte » effectivement « les cartes » des professionnels du PAF.

Que ce soit sur les séries ou les « films », Netflix gagne actuellement du terrain sur le volume et de la cible, les digital natives. Mais pour la qualité cinématographique, c’est pas encore tout à fait ça. En attendant l’improbable Bright, dont le pitchounet me rappelle Alien Nation, Warmachine ressemble vraiment à un téléfilm gonflé, réalisé à l’arrache avec les moyens du bord. Et qui dure 2h, « parce que » il faut faire film. Si Okja a été chercher son « cochon Coréen pour dominer le marché international » et représente un vrai et malin pavé dans la marre, Warmachine ne décolle jamais sur rien. Mais ça pourrait changer d’ici un an ou deux. L’arrivée de la série Mindhunter en ce mois d’octobre, produite par David Fincher, pourrait bien être un marqueur qualitatif d’importance.

Le cinéma Français cependant semble faire de la résistance. Etude de cas : What happened to Monday? A mi chemin entre le film et le téléfilm, cette production originale Netflix a été diffusée sur le réseau américain… et récupéré en France par le groupe M6 par pour une diffusion salles obscures sous le titre Seven sisters. Il a fallu que je filoute pour voir un programme qui aurait du tomber naturellement dans l’escarcelle de mon abonnement.

Pour résumer, Netflix bouscule sacrément la donne sur le mode de consommation des images. L’interface est agréable et hyper responsive, le marketing department fait un travail remarquable sur les vignettes. Et il y a du volume, pour un prix modique. Le vrai bémol, toujours le catalogue de films. Les Y/Z sont au chaud, via programmes originaux, séries Marvel et mangas, mais passé 40 ans : rien.

Ces jours-ci, Canal+ lance une offre Start, fer de lance de la reconquête des abonnés perdus. Et Netflix d’investir 500 millions de dollars sur 5 ans dans la production Canadienne. C’est sur que la poutine wave avec Denis Villeneuve et Jean Marc Vallée en tête, c’est un tout petit peu plus excitant que notre cinéma national, dont j’attends toujours le sursaut.

A suivre.

Des jours sans nuit
Octobre 2017

Lectures

« Netflix, ami ou ennemi du cinéma ? » in Mediakwest – Pascal Lechevallier. 05.10.2017 :
http://www.mediakwest.com/dossier-a-la-une/item/netflix-ami-ou-ennemi-du-cinema.html

« La VOD décolle en France » in Le Monde, 30.11.2016.
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/11/30/la-video-a-la-demande-decolle-en-france_5040800_3236.html

« Pourquoi nous sortons Welcome To New York sur Internet », Vincent Maraval et Brahim Chioua in Le Monde, le 17.04.2014 :
http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2014/04/17/pourquoi-nos-sortons-welcome-to-new-york-sur-internet_4403565_766360.html

« Netflix augmente ses tarifs », in 20 minutes, 06.10.2017 :
https://fr.yahoo.com/news/netflix-augmente-tarifs-france-etats-195112151.html

« Netflix to invest 500 millions in original Canadian content », in Shifter :
http://www.shiftermagazine.com/film/netflix-canada

Publicités

Une étoile


Photo : Isabelle Péan

Ca fait presque un an que la plume est sèche concernant Leonard. Par moment je le sens mais je n’ai pas le temps. Pas le temps de rendre justice à ce que je ressens, à ce qu’il faudrait dire, à ce que je comprends et surtout ne comprends pas. Leonard, c’est avec Jacques et Edith, la personnalité de la chanson m’ayant le plus marqué. D’une certaine façon je l’ai rencontré. J’aurai pu me battre pour que cela se produise mais en fait, il me parle directement depuis ses chansons. Après avoir vu Fanfan monter sur scène j’aurai pu éprouver de la jalousie. J’ai éprouvé de la joie. Je me suis dit « c’est très bien comme ça ».

Quand je comprends ce qu’il veut me dire, cela me procure un plaisir, une connivence indescriptible. J’ai l’impression que quelqu’un dit quelque chose à une personne. C’est de plus en plus rare et c’est même très troublant à ce niveau de parole. « Je t’ai vu changer l’eau en vin. Je t’ai vu transformer ce vin à nouveau en eau ». Le vin s’est bien tari en 2016, laissant mes jeunes années bien seules, bien révolues, une porte de pierre se refermant pour de bon sur elles.

Je ne sais pas par quel bout prendre la nouvelle. De toutes façons je ne l’ai toujours pas encaissée. Ca ne veut pas dire grand chose et en même temps c’est intimement lié.

Le dernier « album » ? En parler ça reviendrait à vouloir décrire le vent, le ciel, des choses immuables et tellement énormes qui n’ont pas besoin de nous. Quand tu termines ton oeuvre et ta vie sur un tel point d’orgue, l’éternité s’ouvre pour de bon. Johnny et Roy coiffés au poteau du last record standing.

Les dernières années ? Tout le monde a écrit que c’était pour l’argent. Sauf qu’aujourd’hui Leonard n’est plus et s’il s’est renfloué, c’est pour en faire profiter les siens. Et nous faire un sacré cadeau. A la lumière de ses dernières tournées, incessantes pour un homme aussi âgé, on comprend qu’il a jeté ses dernières forces dans le Coeur unifié, ainsi que ses derniers disques.

Son ultime et plus beau cadeau, c’est donc sa tournée. Son oeuvre est complète, réarrangée au même diapason : sa voix de sépulcre, son coeur d’éternel amoureux, son chant de croix, ses visions de prophète, ses caresses amères et ses flèches si douces. L’ancien paraissant étonnement nouveau. Les nouveaux textes incroyablement anciens. Il n’y a plus le premier ou le dernier Cohen. Il y a son oeuvre, d’une même couleur.

L’héritage ? Monstrueux. Allez faire un tour sur Youtube. Ecoutez bien ce qui va sortir. Mettez cote à cote Novembre de Houellebecq avec Night comes on. Procurez vous l’album cover de Yules. Allez voir « Feels so good » filmé par Albert Noonan. Et le premier Mojave, il vient d’où ?

On nous a survendu Dylan comme le poète officiel de sa génération. Attendez un peu que Facebook nous « explose à la tronche » (« Your private life will suddenly explose », 92). Vous verrez comment le chantre du boudoir, des peines secrètes et des apocalypses d’alcôve va reprendre la place qui lui est due. Tu as le prix nobel de notre coeur et ce depuis toujours et c’est tout ce qui compte. En 2008 j’ai vu tes fans les plus fidèles se présenter à l’Olympia et ça, je ne l’échangerai pour rien au monde. Que des couillons d’analphabètes en norvège ou ailleurs pissent contre le sens du vent et se couvrent de ridicule, ça les regarde.

Quand à sa façon de prendre de la distance avec la terre promise et « sa volonté », dans les derniers souffles, il fallait oser. Bravache, rapeux, superbe et frontal. Tu m’impressionnes. Ta courtoisie m’impressionne. Ton oeuvre c’est la poésie qui n’est plus. C’est pour moi le dernier refuge d’un monde civilisé.

J’ai aussi eu l’idée de vous faire un top 10. Mais vous êtes grands et on est pas chez Topito ici. Far from it. De toutes façons il faut tout écouter si on est un peu sérieux sur la chanson le rock et la poésie.

Maintenant tu gravis les marches de cette tour qui est la tienne. Tu es chez toi ici. Forcément tu nous manques. N’oublie pas de lui chanter tes chansons. Après tout c’est grâce à elle que j’ai fait ta connaissance.

Vous me manquez beaucoup. C’est difficile à encaisser. Mais la force de ta voix m’aide à passer ce cap. Et je sais que nous sommes nombreux maintenant. La chambre de mes 15 ans est loin, mais ta voix demeure. Bon anniversaire Leonard. Et merci pour tout ce que tu m’as apporté et apporte encore.

https://www.youtube.com/watch?v=C3ut6S7Hf68

Tu es partie, quelques mois plus tôt, sans te retourner sans même dire au revoir. Je n’ai pas eu de mot à dire. Je n’ai que des regrets. Et les souvenirs, tous, sont comme des 33 tonnes sur mon coeur ratatiné. D’une certaine façon tu as été mon premier amour. Mon modèle de femme. Pour moi rien ne t’arrive à la cheville, pas moins aujourd’hui qu’hier. C’est toi qui m’a emmené où je suis aujourd’hui, ta vieille table dans notre cuisine, ta voix qui m’invite à mettre le disque en 93. A emprunter ses livres à la bibliothèque municipale de Saint Denis. Puis tu m’accompagnes à la Sorbonne pour les résultats de première année. Les rues sont vides, il n’y a que nous deux, c’est la toute fin de l’été. Ca passe. C’est toi ma bonne note. Mon inspiration. Plus tard j’écris ton nom dans mon mémoire sur Leonard. Nous deux sur des marches froides : tu fais l’aller retour à ta pause déjeuner pour m’en imprimer les pages. Ta présence au coeur de ma passion pour Cohen éveille la curiosité du président de l’université. La note qu’il m’en donne m’ouvre les portes du Celsa. Leonard, toi et George. De cette histoire de Lettres écrite quatre mains, je suis le dernier témoin…

Plus tard encore je te dis qu’une grande productrice vient à Paris. Tu me dis d’en être. De foncer. Ca marche. C’est cette interview et celle qui a suivi qui m’a fait retrouver TF1 et donné un travail que j’aime aujourd’hui, même s’il faut encore que je demande la permission pour écrire une ligne.

Je te reprochais intérieurement de ne pas m’avoir assez aidé, alors que chaque injonction a été décisive pour la suite. Cela a simplement pris du temps. Ca fait partie des choses que je ne peux effacer. Je ne peux pas revenir en arrière. Il y a des choses qu’on ne peut pas changer. Que l’on ne peut réparer.

Je ne sais pas si j’ai reçu ton message, ou alors on me l’a volé. J’ai surement été sourd. J’étais désarçonné. Je m’en remettais à Papa et Maman. A ton petit garçon. Au ciel de provence. Tu me parles parfois la nuit. J’essaye, avec mille trains de retard, de te réconforter. Comme j’aurai voulu le faire si je n’avais pas été aussi préoccupé. J’aurai voulu être plus fort. S’il te plait donne moi la force, de mieux regarder, de mieux comprendre, de ne pas refaire les mêmes erreurs. De ne pas me laisser malmener au point de négliger les gens que j’aime. Je croyais connaître le goût de la pluie, sauf qu’aujourd’hui il pleut des tombes. Ma famille me manque tellement par moment. Tu me manques tout le temps. Je ne suis pas venu cet été, il fallait que je fasse une pause. Je sais que tu ne m’en veux pas. Depuis un an les jours sans toi, sont comme des jours sans nuit. Christine vient de m’interrompre. Elle a le don pour ça. Elle me parle d’une note d’espoir. Tu vas être tata.

Ton frère qui t’aime.

America – Ginsberg 56

America.
America je t’ai tout donné et maintenant je ne suis rien.

America 2 dollars et 27 cents 17 janvier 1956.
Je ne supporte plus mes pensées.
America quand arrêterons nous la guerre humaine ?
Va te faire foutre avec ta bombe atomique.
Je ne suis pas dans mon assiette arrête de me chercher je n’écrirai pas mon poème avant d’avoir retrouvé mes esprits.

Quand seras tu angélique ? Quand te débarrasseras tu de tes vêtements ? Quand assumeras tu un regard sur tes tombes ? Quand mériteras tu ton million de Trotskistes ?

America, pourquoi tes bibliothèques sont elles remplies de larmes ?
America quand enverras-tu tes oeufs en Inde ?
J’en ai marre de tes exigences impossibles : quand pourrais je me rendre dans un supermarché et me procurer ce dont j’ai besoin avec ma belle petite gueule ? America après tout c’est toi et moi qui sommes parfaits pas le prochain monde.

Tes rouages sont trop lourds pour moi. Tu as fait en sorte que je veuille devenir un saint. Il doit bien y avoir un autre moyen de régler cette dispute.

Burroughs est à Tanger je ne pense pas qu’il rentrera tout cela est glauque.
Es-tu glauque ou est ce une sorte de mauvaise blague ? J’essaye d’en venir au fait. Je refuse d’abandonner mes obsessions America arrête de me chercher je sais ce que je fais. America les prunes tombent de l’arbre je n’ai pas lu les informations depuis des mois chaque jour quelqu’un passe au tribunal pour meurtre.

America je suis ému par le sort des Wobblies.
America autrefois j’étais communiste quand j’étais petit et je n’en suis pas désolé.

Je fume de l’herbe dès que l’occasion se présente.
Je m’assois dans la maison pendant des jours et regarde les roses sur le mur du placard. Chaque fois que je vais à Chinatown je me saoule et ne m’envoie jamais en l’air.

J’ai pris ma décision il va y avoir des problèmes.
Tu aurais du me voir quand je lisais Marx.
Mon psy pense que je vais parfaitement bien.
Je ne dirai pas la prière du seigneur.
J’ai des visions mystiques et reçois des vibrations cosmiques.
America je ne t’ai toujours pas dit ce que tu avais fait à Tonton Max après qu’il soit venu de Russie.

C’est à toi que je cause.
Vas-tu laisser notre vie privée dominée par Time Magazine ?
Je suis obsédé par Time Magazine. Je le lis chaque semaine. Sa couverture me fixe obstinément à chaque fois que je passe le coin de la boutique de bonbons.
Je le lis au sous-sol de la Bibliothèque publique de Berkeley.

Ca me parle toujours de responsabilité. Les hommes d’affaire sont sérieux. Les producteurs de cinéma sont sérieux. Tout le monde est sérieux sauf moi.

Il me vient à l’idée que je suis toi.
Ca y est je me parle à nouveau.

L’Asie se monte contre moi.
Je ne donne pas cher de mon biscuit Chinois.
Je ferais mieux de considérer mes ressources nationales.
Mes ressources nationales consistent en deux joints d’herbe, des millions de quéquettes, des pans impubliables de ma vie allant à 2000 km/h et vingtcinqmille asiles psychiatriques.

Je passe sous silence mes prisons ainsi que des millions de gens pauvres vivant dans mes pots de fleur sous la lumière de 500 soleils.

J’ai déjà aboli les bordels en France, Tanger est sur ma liste.
Mon ambition est de devenir Président malgré le fait que je sois catholique.

America,  comment écrire une glorieuse litanie en accord avec ton humeur idiote ?
Je vais continuer comme Henry Ford mes strophes sont aussi individuelles que ses automobiles et bien plus elles sont toutes de sexe différents.

America je te vendrai des strophes 2500 dollars pièce 500 de moins que sur ton ancienne strophe.
America libère Tom Mooney.
America sauve les partisans Espagnols.
America Sacco et Vanzetti ne doivent pas mourir.
Je suis les gars de Scottsboro.

America quand j’avais 7 ans moman m’a emmené à une réunion de communistes ils nous ont vendu des pois chiches plusieurs par ticket un ticket coûte un nickel et les discours étaient libres tout le monde était angélique et concerné envers le sort des ouvriers tout cela était si sincère tu n’as pas idée à quel point le parti était bon en 1835 Scott Nearing était un grand et vieil homme un vrai bonhomme Maman Bloor m’a fait pleurer une fois j’ai même vu Israel Amter de mes yeux. Tout le monde devait être un espion.

America tu ne veux pas vraiment entrer en guerre. America ce sont ces fichus Russes. Ces Russes, ces Russes et aussi ces Chinois. Et ces Russes. La Russie veut nous dévorer vivants. La Russie est avide de pouvoir. Elle veut nous soutirer nos voitures de nos garages. Elle veut faire main basse sur Chicago. Elle a besoin d’un Readers Digest rouge, elle veut déporter nos usines automobiles en Sibérie.

Lui vouloir une bureaucratie à la source de nos stations essence. Ce n’est pas bon. Huh. Lui vouloir apprendre à lire aux Indiens. Lui a besoin de nègres noirs et costauds. Aaah. Elle veut que l’on travaille 16h par jour. Au secours !

America c’est vraiment grave.
America c’est l’impression que j’ai quand je regarde la télévision. America est-ce bien ton reflet ?

Je ferais mieux de m’y mettre.
C’est vrai je ne veux pas me retrouver dans l’Armée ou tourner des écrous à la chaîne, j’ai la vue courte et suis d’humeur psychopathe de toute façon.

America je mets ma main gay à la pâte.

Traduction S.T.

And the band kept playing on

romero35.jpg
La disparition de George Romero la semaine dernière mérite plus qu’un tweet. Si en 2011 j’ai eu l’immense joie d’interviewer Joe Dante dans le cadre du Festival d’Amiens, l’idée de faire de même avec John Carpenter et George Romero demeurait un doux rêve, ces 3 là ayant formé la Face B du « Nouvel Hollywood ». Mais les années passent et, comme on nous le rappelle un peu trop cruellement ces temps-ci, « les soleils meurent aussi ». 

Pétri de défiance à l’égard des institutions et doté d’un regard acéré sur la société contemporaine, George Romero a révolutionné le cinéma en faisant, dans le cadre du genre, un portrait saisissant de nos moeurs. Si John cache son humanité sous une colère tellurique – certainement le moins rigolo des trois à l’écran -, Joe, plus tendre, jette pourtant des traits tout aussi acides tandis que George, avec son regard aimant, représente une synthèse de ses deux frères de cinéma. Capable de manier l’humour potache, l’horreur tantôt glaçante tantôt cartoon et offrant un constat critique que n’aurait pas renié Debord sur l’évolution des moeurs sociales, politiques et médiatiques, il était capable de poser, en un même élan, une gueulante aussi puissante que John, tout en conservant un regard doux amer. En hommage, je re-publie ici mon second texte sur le maître, datant de 2007.

Land of the Dead : le feu d’artifice Romero

Dans Land of the dead, dernier film en date de la saga Romérienne, long déclin de l’empire américain s’étalant sur 40 ans, l’action se situe dans une gated city, telle qu’on en trouve de nos jours aux Etats-Unis. Tout autour, les zombies, comme autant de figures de l’autre, du pauvre, du sdf, du minoritaire et du pastiche de l’american society, occupent l’ensemble des terres dévastées. 

Ciment spectaculaire de l’unité nationale, le feu d’artifice est désormais employé par les humains à des fins stratégiques, pour ralentir la progression des zombies. Comme on jetterait du jeu et du pain à la plèbe. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du cinéaste : distribuer son discours sur les différentes figures peuplant ses films, loin des polarités manichéennes.

Dire beaucoup avec une simple image est l’apanage des plus grands cinéastes. En choisissant le motif d’un spectacle national comme artifice, Romero critique la machine à rêve et les institutions.

Une première fois, le stratagème des survivants se révèle efficace, les zombies levant les yeux vers le ciel comme à la parade. Le ciment national est alors mis à mal, non sans une certaine roublardise. La seconde fois, contre toute attente, la poudre aux yeux ne fonctionne plus.

« (…) dans un fantastique coup de cinéma, un des zombies baisse la tête, puis les autres l’imitent. (…) Leur évolution a maintenant atteint le stade où ils ne sont plus dupes de cette petite mise en scène. (…) Le récit de Romero, lorsqu’il opère un renversement aussi total et aussi fort, s’aligne sur les opprimés qui sont suffisamment intelligents pour prendre et exercer le pouvoir »*. 

Il devient clair à cet instant précis que les zombies, c’est nous, gogos que l’on tente de gaver de mirages… mais à qui on ne peut la faire indéfiniment.

Au moment du grand final, quand la diligence quitte la ville avec à son bord un petit groupe de survivants, les derniers feux sont utilisés sans raison apparente. C’est pourtant la dernière image du film. Le geste est flamboyant, renvoyant la machine Hollywoodienne et son souci permanent du contrôle et du Happy End à sa dimension la plus commerciale.

Le zombi qu’il faudrait distraire avec ce dernier plan satirique, c’est le spectateur, habitué à une escalade d’artifices, et ce au détriment du sens. Sommes nous dupes ou complices ? Etre complice de Romero c’est comprendre exactement la place et le sens de ces images là, qui parsèment et fondent le sel de tout son cinéma. Et des images de cette force, il y en a un paquet dans sa filmographie.

Toute sa colère et son intelligence revancharde s’exprime ici, au travers d’une image finale qui semble être un détail… et qui n’en est absolument pas un. Pour moi ce plan final exprime clairement l’ironie du réalisateur, qui se sait coincé dans une économie qui ne veut pas encourager les esprits. Cette image dit « voici l’état de notre monde, j’espère que vous avez aimé le pop corn ». Il est évident que cette acuité manque au cinéma actuel. Un cinéma de pure exploitation commerciale qui semble lui avoir tout repris, sauf son essence même : un regard d’une intelligence folle. So long George.

*Adrian Martin, in Politique des zombies : l’Amérique selon George A. Romero,
coordonnée par Jean-Baptiste Thoret.

S.T. / A.T.

Notes sur Okja

19883954_10213776134257983_451707179764193612_n.jpg

No Totoro
La dernière fable de Bong Joon-ho compare in fine l’impérialisme US au nazisme (le petit porcelet que ses parents font échapper de l’abattoir), retourne et prolonge à la fois les motifs de The Host (la petite fille était prisonnière de la bête, motif de l’occupant américain) et, comme à l’habitude de son réalisateur, le ton évolue avec une facilité déconcertante : de Belle et Sébastien, on passe à la pantalonnade écologiste sur le mode 12 Monkeys pour finir sur No Logo. Le début est formidable et family friendly, avec une photo superbe et un cadrage d’une grande fluidité, le milieu plan plan et la fin glaçante, loin du bucolisme initial.

Ces cochons de Netflix
Concernant la « chronologie des médias » aujourd’hui complètement obsolète, voir un film aussi vif débouler immédiatement sur Netflix est assez réjouissant.

Cela fait 2 mois et demi que j’attends la dispo de la dernière comédie de Ridley Scott, à savoir Alien Covenant. Je suis prêt à payer pour ça mais quelqu’un a décidé, quelque part, que euh, il fallait attendre. Attendre. J’ai beau être un « Xennial », selon la dernière nomenclature en vigueur, ayant attendu des années la sortie de films eighties au vidéoclub de mon quartier, pas sûr que dans 6 mois je sois encore disposé à payer la somme que je suis prêt à mettre en ce week-end du 14 juillet. Idem pour le dernier James Gray, que j’achèterai de toute façon en blu-ray.

On a passé un cap il y a 17 ans avec l’effondrement des tours. Mais ça, certains ne l’ont pas encore bien digéré. Economiquement parlant, si ce n’est pas disponible tout de suite sur le digital, c’est mort, dead, over cramé. Perte de business. Perte de temps, perte d’intérêt. Quand je vois Logan débouler sur des canaux payants plus d’un mois après la dispo du RIP HD, j’ai l’impression qu’on me refile un rerun moisi de Madame est servie. C’est aussi ça la roublardise d’Okja et de sa mise à disposition immédiate sur le marché. Le cochon, c’est le film lui même, que l’on va chercher en Corée pour faire « global », pour faire auteur, pour faire cool (choisissez l’adjectif qui convient le mieux). Complice comptable de cette gentille et parfois mordante critique, Netflix compte là dessus pour développer son attractivité en titillant le désir de digital coolitude des Y et des Z. Parce que globalement, on est en 2017. Et comme dans The Host et Snowpiercer, le film se termine en demie teinte sur la mort de plusieurs et la naissance d’un seul.

S.T.

En marche ou crève

The-Long-Walk.jpg

En rumeur, l’adaptation de l’un des premiers romans de Richard « Stephen King » Bachman accompagne la déferlante de sorties cinéma et TV basée sur l’oeuvre du maître.

Actuellement sur les petits écrans, Stranger Things citait, à minima, 4 figures clés de la teen culture 80’s : Steven Spielberg (ET), John Carpenter (The Thing), Joe Dante (Explorers) et Stephen King (The Body, aka Stand by me au cinéma). Et c’est vrai que l’auteur horrifique a plus que jamais le vent en poupe.

Après l’adaptation télévisuelle d’Under the Dome et 22.11.63, pas moins de 7 projets majeurs sont annoncés :
The Dark Tower : Akiva Goldsman à la production, tu auras peur ;
– It : Cory Fukunaga a jeté l’éponge et le setting fondateur des sixties, soit l’enfance de King, n’est pas respecté. Donc ça aussi ça fait très peur ;
Une nouvelle adaptation TV de The Mist en série : d’après la longue nouvelle Brume en Français, variation sur le thème du Dawn of the Dead de Romero (lui même variation du Masque de la mort rouge de Poe) et déjà adaptée pour le cinéma par Frank Darabont MAJ 14.07.2017 : AVOID! ;
Mr Mercedes : David « Ally McBeal » Kelley est listé, après sa présence au générique de 22.11.63. J’ai aperçu des images. Noir, sans concession. Intéressant ;
The Talisman : annoncé comme étant produit par Amblin Television. Donc les petites mains de Spielberg seraient de la partie. Ca fait très longtemps je crois que Spielberg a dit son intérêt pour ces deux romans écrits à 4 mains avec Peter Straub.
The Stand, annoncé également.

L’été de mes 13 ans j’ai eu à choisir entre Ca/It et Marche ou crève (The Long Walk). J’ai choisi Ca. 25 ans plus tard, je profite d’un week end de trois jours pour enfin me mettre En marche. Je découvre l’une des oeuvres les plus passionnantes de King. Dans un avenir indéterminé et totalitaire, des jeunes gens s’inscrivent de leur plein gré à une marche annuelle, encadrée par l’armée américaine et retransmise à la télévision. Ils sont une centaine à avoir été sélectionnés. Agés de 14 à 20 ans, l’ennui, la défection parentale ainsi qu’un mélange de défiance et de croyance premier degré en La Marche semblent être leur seule raison d’être là. Dès que l’un deux s’arrête à plus de trois reprises, il est sommairement exécuté.

Bien que l’histoire épouse le cheminement d’un seul personnage, King fait émerger une bonne dizaine de portraits, sans crier gare et sans effort. Pas de description à rallonge, pas de cliffhanger lourdingue avec dénouement 3 chapitres plus loin  (une scorie chez lui). Juste une ligne droite, une étude de caractères, une critique coupante du draft. Ce roman jumeau de The Running Man, qui à la base narrait la traque d’un everyday man poursuivi à travers tout le pays, porte en lui le sentiment de défiance contre-culturelle de son époque.

Critique de la société du spectacle, critique des corps d’état, critique des autorités : ces deux romans de jeunesse disent toute la défiance envers le monde des adultes et d’une façon plus large, la conduite de leur pays.

On pense à la demonstration de Kent state, qui le 4 mai 70 s’est terminée dans un bain de sang. On pense aux films de genre Eco-Sociaux de l’époque – Rollerball, Soylent Green, Silent Running – et à leur pendant potache, le Deathrace 2000 de l’écurie Corman.

Cette contre culture première main chez King, s’est quelque peu diluée dans le grand guignol dans des années 80. En 1986 dans ItKing juxtapose son enfance dans les années 60 avec le present era des années Reagan. Ce Ronald McDonald de foire qui dévore les enfants, ne serait-il pas lui aussi la twisted figure de l’Oncle Sam ?

Dans l’attente de voir une adaptation filmée, qui pourrait donner une oeuvre sèche remettant la teensploitation à sa place, ce roman figure selon moi aux côtés du meilleur de King, à savoir The Gunslinger et Salem’s Lot.

S.T.

Un américain parapluie

C94iwXoXoAEp45D.jpgC’est un amoureux intransigeant de Jazz. Elle est apprentie actrice. Ils se rencontrent un soir dans la Cité des Stars…

La la land de Damien Chazelle s’impose comme un film générationnel fort, au même titre que Drive dont il partage la principale vedette masculine. Comédie romantique teintée de Musical et d’amour impossible, le film se veut le miroir d’un monde culturel où tout cohabite : la comédie musicale US, sa ré-interprétation Made in France, le Jazz, une reprise de Ah ah et les smartphones. Tout semble se mélanger de façon fluide. C’est en apparence la célébration de notre époque Spotify-Google

Sauf que lui veut sa cave de jazz et le mystère d’une musique secrète, au coeur de la nuit Noire et appréciée d’une poignée de plus en plus clairsemée de mélomanes. Tandis qu’elle veut les paillettes d’une vie riche et superficielle. Bref entre eux, c’est le jour et la nuit. Au delà du discours sur le show Vs business, qui fait régulièrement le sujet à peine caché de certaines oeuvres US, il y a bien quelque chose qui ne fonctionne pas entre eux et dans ce monde apparement si fluide et idyllique. A la communauté amoureuse, le film oppose l’individualisme.

Les regards de chien battu de Gosling, l’alchimie parfaite avec sa partenaire, la sublime Emma Stone repérée il y a déjà 10 ans dans Superbad, le travail sur les couleurs, les musical numbers, la façon de capter la nuit… Après le gentillet-mais-faut-pas-pousser Whiplash, qui disait l’amour du Jazz mais peinait à faire vivre « un monde autour », Chazelle cristallise ici, au delà d’une rencontre désenchantée, l’agrégat culturel de notre époque. Ce monde là, le film le dessine aussi bien qu’il le questionne. Dans les années 70 et 80, la culture et le cinéma étaient encore des questions sociales centrales. Il fallait se battre pour ne pas rester KO. Et selon ce que l’on choisissait, Johnny Cash ou Halliday, Mozart ou Sheila, tendait à vous définir au sein du groupe. La culture était une quête en soi. Aujourd’hui, tout est virtuellement accessible mais le savoir et le partage n’est plus la question. C’est pour moi le message sous-jacent de La la land.

Après la déception Marc Webb, la disparition de Craig Brewer, le meh Baumbach et en attendant de revoir Dunham post Girls,  Chazelle trouve toute sa place, avec Jake Paltrow et JC Chandor, sur mon radar US.

S.T.

A voir

Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy, 1964.

Singing in the Rain, Stanley Donen & Gene Kelly, 1952.

United Airlines, Take me along, Michael Cimino, 1967.
500 Days of summer, Marc Webb, 2009.
The Fabulous Baker Boys, Steve Kloves, 1989.

Photo didacte : l’histoire de Vivian Maier

VM19XXW03458-12-MC.jpg

OCS diffuse en ce moment le film dédié à Vivian Maier, photographe franco-américaine qui connaît aujourd’hui une reconnaissance posthume.

Du still à revendre
Habitué des brocantes et ventes aux enchères, John Maloof a le pif et la bonne fortune de faire l’acquisition de simples boites en carton. Qui contiennent un morceau de notre histoire contemporaine.Ces cartons appartiennent à une photographe, Vivian Maier, restée dans l’ombre toute sa vie. Maloof en remonte le fil, et les bobines. D’origine française, elle travaille comme nounou et au cœur des années 50 et 60 évolue notamment entre Chicago et New York. Une activité qui lui permet d’organiser son temps et ses journées avec un minimum de contraintes financières. De foyer en foyer, elle en profite ainsi pour arpenter les rues, mais aussi le monde entier.

Des histoires de la rue à l’intimité de Phil Donahue, en passant par les visages et paysages de Saint-Julien-en-Champsaur en France, Vivian a témoigné de son temps, pour mourir seule, en 2009, dans l’indifférence de ceux qui la voyaient comme une vieille fille excentrique, quelque peu acariâtre. Soit 40 ans d’instantanés au cadre tétanisant de précision et de beauté, dont les sujets sont les fruits d’un éphémère urbain aujourd’hui disparu.

Les questions affleurent. Comment a t’elle pu prendre toutes ces photos sans être inquiétée ? Au début des années 50, cette grande gigue aux traits anonymes, tenant un petit boîtier noir au niveau du bassin, n’inspirait visiblement pas la méfiance de ses contemporains. Sa taille explique potentiellement la tenue de son cadre, régulièrement entre contre plongée et plan américain. Kubrick a fait la carrière que l’on sait sur une première expérience photographique pour Life. Qu’elle collectionnait entre autres newspapers du sol au plafond…

Il y a quelque chose d’émouvant à découvrir aujourd’hui, par le travail et l’opiniâtreté de John Maloof, cette identité à la fois forte et discrète. Une identité qui questionne nos choix, notre regard et notre consommation des images, qui chaque jour cartographie chaque parcelle individuelle pour un oubli collectif immédiat.

Magnifique perdante
Après Sugar Man en 2012, néo-docu qui remettait en scène le talent oublié de Sixto Rodriguez, Finding Vivian Maier rend hommage à une nouvelle figure déterminante de notre passé immédiat. Cette archéologie néo-retro qui préoccupe également l’univers du jeu vidéo, semble quelque peu bousculer l’histoire officielle de la photographie. Maloof fait en effet état des premières réactions négatives d’institutions US comme le MOMA, rebutées à l’idée d’exposer une inconnue.

L’ironie de cette présente diffusion sur OCS : une expo dédiée au travail de Walker Evans se tient actuellement à Beaubourg. Au delà des efforts de son village maternel, et de premières expositions de galeristes, la reconnaissance officielle, comme souvent en France, tarde à venir. Afin de partager ce travail fascinant d’archéologie contemporaine, Maloof a sué sang et haut. Montant un premier blog aux réactions enthousiastes, puis une exposition, puis ce film en 2013, Finding Vivian Maier… Tout en développant le travail titanesque de l’artiste et enquêtant sur sa vie secrète et sinueuse.

Ce morceau de bravoure a trouvé ses racines en marge des institutions. Film documentaire en clair obscur, déclaration d’amour à la photographie et aux histoires de la rue,  Finding Vivian Maier est un diamant que les amoureux des images doivent porter en étendard.

S.T.

Site officiel Vivian Maier
http://www.vivianmaier.com/

Association du Champsaur
http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr/

Finding Vivian Maier, de John Maloof et Charlie Siskel (2013),
actuellement sur OCS.

Just like Honey

Ring a ding ding

Je dois vraiment partir.
Mais cela ne change rien entre nous.
– Bob.

En revoyant le second film de Sofia Coppola hier soir sur Arte, j’ai reçu la visite de mes 20 ans. En allant le voir à la sortie, il s’agissait pour moi d’une pierre blanche pour les années 2000 frémissantes. La chute du bug de l’an 2000, celle des deux tours, la montée en puissance du web et de la technologie dans la vie quotidienne, l’hyper réalisme de la haute définition au cinéma, l’hésitation face au nouveau siècle, l’ouverture au monde, la montée de la culture populaire Japonaise. Le début des années 2000, c’était un peu tout ça. Et dans mon coeur la solitude et l’espoir de rencontrer quelqu’un de vrai, qui me comprenne. Et tout était dit à l’écran. C’était palpable dans cette variation sur le thème d’Harold et Maud et d’In The Mood for Love, quand l’homme glisse à la fin le secret de son amour dans le silence des pierres.

Hier soir j’ai à nouveau regardé ce film avec ma femme. Le plus important des années 2000 à mes yeux, avec Collateral. 12 ans déjà et pourtant c’était comme si c’était hier, là tout de suite, à deux pas d’aujourd’hui. Des personnes chères étaient encore parmi nous cette année là et l’écrin brut de mon coeur, si plein et si timide au monde, rayonnait d’une lumière noire, secrète et solitaire. Que le temps passe vite… Et comme ce film demeure. A l’aulne de la vitesse et au coeur d’une ville prise entre les feux de la modernité et des traditions, deux générations se croisent et s’aiment respectueusement, humainement et aussi simplement que bonjour.

Il est fatigué et a vécu pas mal de choses. Elle est perdue avec la vie devant elle, à mille lieux des petites connes arrogantes d’aujourd’hui. Quant il lui chante la sérénade sur le Ferry des roucoulades, son regard exprime quelque chose de profond, de sain et d’assez magique. Une sorte d’amour possible-impossible. Et lorsque les choses sont enfin dites et que leur bulle les renforce et les façonne pour toujours, la réconciliation avec la ville, la vie, soi même et la modernité coule à flot. On entend le rythme de son coeur sur l’air pop de la ville moderne. Il ne fait plus qu’un avec elle, avec lui et avec le monde.  Chez Scorsese, le beat des Ronettes amorçait une virée urbaine assez infernale. Sous l’acide du Jesus & the Mary Chain, il sert d’écho aux palpitements du coeur de Bob Harris, réconcilié avec la ville, sa propre vie et le monde. En d’autres mots, une épiphanie porteuse d’espoir et qui a visiblement connu un écho assez universel, si l’on juge le succès de l’oeuvre à l’international.

C’était un grand film en 2003, ni caricatural bourrin, ni élitiste, tout juste arty et totalement à contre courant du cinéma américain de masse. Pour preuve, le regard écarquillé, sans parole et sans jugement de la jeune femme sur la culture Japonaise, ancestrale ou triviale. Filmé en 27 jours avec un budget chandelle, c’est toujours un miracle, porteur des hésitations, de l’ouverture et des fulgurances de son époque. Son seul défaut : raconter les gentils déboires de gens ultra privilégiés. Mais c’est vraiment chercher la petite bête. Pour le reste : obligatoire.

Lost in translation, Sofia Coppola, 2003.

Sylvain Thuret
Des jours sans nuit
20 août 2015

Sur une balade d’Overtime

Avec le temps
La peine s’essouffle
Et la pluie s’arrête

C’est ce qu’on dit toujours,
Avec le temps se referme la plaie
Qui ne cicatrise vraiment jamais
Par amour

Avec le temps
C’est tout ce que l’on dit

Un jour peut-être je n’y penserai pas
Ce jour là sera bien triste
Plus triste que les précédents.

Plus vif que la gifle du vent
Plus fort que la caresse du temps
Plus profond que le plus bel océan
Plus haut que tous les cieux
Tu voles chaque jour un peu de mon coeur
Que ton absence soudaine dévore

Moi qui pensait avoir encore le temps
De te voir et te parler à nouveau.

En mémoire de mon oncle Joel

Lucinda WIlliams – Overtime

Overtime
That’s what they all tell me
That’s what they say to me

Overtime
Your blue eyes, your black eyelashes
The way you looked at life
In your funny way
I guess out of the blue
You won’t cross my mind
And I’ll get over you
Overtime

Your pale skin, your sexy crooked teeth
The trouble you’d get in
In your clumsy way
I guess one afternoon
You won’t cross my mind
And I’ll get over you
Overtime

I guess out of the blue
You won’t cross my mind
And I’ll get over you
Overtime